On se demande par quelle logique biscornue cela se fait, mais les festivals de cinéma s’avèrent généralement plus passionnant quand ils sont sur le point de se terminer. La 34e édition de Deauville n’y aura pas échappé. Depuis vendredi dernier, tout avait enfin trouvé une vitesse de croisière satisfaisante : un peu de star (Viggo Mortensen, John Malkovich, mais aussi des flopées de people concentrés sur chaque Cm2 de la Villa Cartier lors de la seule grosse fête du festival. P’tet parce que Gala était un des sponsors), un peu de glamour (pas mal de tenues somptueuses croisées lors de cette même soirée, Julien Doré pas mal en anar-bobo jusqu’au bout de la coupe de cheveux faussement destructurée et son mini-concert), un peu de scandales (on a croisé, à une heure peu avancée de la soirée, un acteur très en vogue dans le cinéma français roulant de grosses pelles dans les couloirs du premier étage du Normandy, à une journaliste télé de la TNT, plus connue pour son physique que pour son talent. Merci d’appeler la rédaction du site pour savoir qui…), du rigolo (un défilé de Harley Davidson pétaradantes ayant interrompu toutes les interviews se déroulant au même moment sur une pelouse voisine pour cause de parasitages des prises de son) et surtout des films !
On passera sur l’arnaque intégrale qu’est Sex & The USA, nanar des plus faux-cul sur les programmes d’abstinence enseignés dans les collèges américains. Le film de Jan Wellman pouvant faire passer les docus de Charles Villeneuve sur TF1 pour un modèle de sobriété pudibonde. Bon en même temps, le film ayant été produit (et introduit) par le responsables des Emmanuelle 4, 5 , 6 et 7 on aurait pu se douter qu’il y avait anguille sous roche.
Gregory Wilson a été plus franc du collier : The girl next door ne cache jamais ses envies de secouer le spectateur avec une histoire de gamine séquestrée collectivement dans un petit bled d’Amérique profonde. Mais visiblement personne ne devait avoir entendu parler de Natascha Kampusch parmi les spectateurs d’une des séance. Outrés par la méchanceté du film, ils ont sifflé le réalisateur, et doivent être content d’apprendre que The girl next door sortira directement en DVD en France. Pas nous qui y avons vu une excellente série b causant intelligemment des zones d’ombres de chez l’Oncle Sam.
Tout comme l’aura fait Towelhead, regard d’Alan Ball, le scénariste d’American Beauty et de Six feet under, sur les USA actuels, au travers du parcours d’une jeune américaine d’origine arabe débarquant au Texas pendant la première guerre du Golfe. Ca ressemble à du Todd Solondz mâtiné de Robert Altman pour une ahurissante galerie de personnages des plus complexes. La provoc’ s’alliant à une finesse psychologique pour raconter sans chichis ni faux-semblants les tabous made in America du moment.
Pendant ce temps Ed Harris s’amuse à déguiser un buddy movie en western avec Appaloosa, plus tendance Howard Hawks que John Ford quand il dépeint les rapports d’amitié entre deux cow-boys mercenaires plus doués pour les bourre-pifs que pour les sentiments. La très jolie performance d’Ed Harris et Viggo Mortensen en poteaux à la vie à la mort éclipse jusqu’à l’envie de retrouver le chirurgien esthétique qui a salopé à ce point le lifting de Renee Zellweger, qu’une étrange perruque en régécolor n’arrange pas dans le film.
Une chouette journée de cinéma, éclairée par une météo enfin décidée à se caler sur le beau fixe qui aurait presque fait regretter de quitter Deauville. Ayant du se plier aux horaires mesquins de la SNCF, c’est donc dans le train que se seront fait entendre les échos du palmarès, par téléphone de collègue interposé, récompensant majoritairement Ballast, une poisseuse mais poignante tranche d’americana signé Lance Hammer, capable de réconcilier tout festivalier avec la médiocrité ambiante des films présentés en première partie de festival. Pas mal pour un tomber de rideau sur la côte normande…
Un aller-retour impromptu sur Paris amène une question : A quoi ressemble le festival de Deauville vu de l’extérieur. Pas si simple d’y répondre . Ces 24 dernières heures, à l’exception des sites cinéma, et un papier dans Libé, aucune nouvelle de cette 34e édition dans les autres medias. A un peu plus de deux cents kilomètres de la côte normande, le festival de Deauville n’existe plus. Avant d’appeler l’équipe de FBI : portés disparus pour mener l’enquête, on passe deux trois coups de fils à des collègues restés sur place. Ils confirment que les festivités continuent dans la même torpeur. Toujours aucune star en vue (même Stéphane Bern dans son émission sur Inter, pour l’occasion, en direct de Deauville, s’en plaint au maire !). Tout fout le camp : même Spike Lee déçoit, d’une part avec Miracle à Santa-Anna, pensum peu digeste, mais surtout en étant infidèle à son éternelle réputation de bougon. Le réalisateur serait des plus affables, voire souriant. En revanche côté films, l’hiver commence à s’installer. Après Gardens of the night, Afterschool et son climat entre Gus Van Sant et Haneke, confirment que le sujet-phare de cette année est les enfants en perdition. Ca ne se passe pas forcément mieux pour les adultes. Ballast, Chaos Theory, ou Momma’s man explorant des crises profondes. Evidemment, ça plombe encore plus l’ambiance, mais paradoxalement c’est un mieux pour le festival. S’il y avait franchement de quoi désespérer jusque là des films vu à proximité du Casino Barrière, cette triplette (à laquelle il faut ajouter le très touchant Lars & the real girl projeté mardi) relève sérieusement le niveau. Les titres à venir (The visitor, The girl next door, Towelhead, Appaloosa) étant chacun précédé par une très bonne réputation, Deauville pourrait bien être une bonne destination cinéphilique pour le week-end. Et si ce n’était pas le cas, on pourra toujours continuer à mener l’enquête sur le sujet qui semble bien plus passionner la presse people et les badauds que le festival : mais bon sang, Dominique Desseigne, le patron du groupe Barrière, est-il oui ou non le père de l’enfant à venir de Rachida Dati ?
72h après l’ouverture, la bande-son du festival de Deauville s’échine à placer ici et là des morceaux d’Abba, histoire de rappeler encore et toujours que le seul événement notable jusque là aura été la projection de Mamma mia ! pour déclarer les festivités ouvertes. Bon, la comédie musicale à beau être une gentille chose aussi sympathique qu’anecdotique, on n’en peut plus d’entendre The winner takes it all à chaque coin de rue ou Dancing Queen dans la bande-son qui fait patienter avant chaque séance dans la salle du C.I.D. Ca donnerait presque envie de supplier à genoux Cerrone, croisé maintes fois dans les environs – faut dire que c’est un des rares peoples à s’être déplacé, les autres étant Lolo Boyer et sa staracadémicienne de belle-fille Raphaëlle Ricci, pour qu’il déballe en pleine rue sa batterie vintage et envoie sa sauce rétro-disco. Tout et n’importe quoi pourvu que le festival change de bande-son. Pourquoi pas du Hard-rock ? On n’en est pas passé loin avec la projection d’Anvil ! the story of anvil, très chaleureux documentaire consacré aux galères d’un groupe de quinquas métalleux. Un remake gérontophile de Spinal tap, - jusqu’à un gag aussi involontaire qu’hilarant : un des membres du groupe s’appelle (vraiment !) Robb Reiner, soit, à un B près, un parfait homonyme du réalisateur de Spinal tap - qui aura permis de voir qu’il y avait pas mal de baby boomers (du genre qui faisaient du headbanging dans les années 80 en écoutant Trust dans leur walkman) dans la salle du Casino. A la fin de la séance, on se serait cru encore dans le film quand des papys et mamies se sont jetés sur le groupe, présent dans l’assistance, pour faire la razzia sur les T-Shirts et leurs CD ! Au passage, une des grandes énigmes du cinéma aura occupé le dîner du soir entre collègues journalistes, à se demander pourquoi le hard-rock donnait toujours au cinéma d’excellents documentaires ?
Le genre est d’ailleurs roi cette année à Deauville. Pendant qu’à de très rares exceptions (en fait, une : Hellboy 2) tous les films de fiction montrés jusque-là sont des invitations à la catalepsie au bout de dix minutes, les docus ne cessent de pousser à l’éveil. Intelligence de traitement du sujet (Lake of fire, vision aussi glaçante que complexe de l’Amérique actuelle au travers de l’avortement), capacité à faire le boulot des journalistes (dans l’incroyable S.O.P, Errol Morris met la main sur les GI’s qui ont pris les fameuses photos d’Abu Ghraïb et les fait raconter leur édifiante histoire), tout baigne la pédagogie par l’image. Même quand on soupçonne les films d’être un peu trafiqué (American Teen, un Breakfast club « pour de vrai » dont certaines scènes suintent un peu trop la reconstitution) ou trompent sur la marchandise (Polanski : Wanted and desired, parle beaucoup plus des mœurs américaines que du réalisateur), leur sensibilité et leur acuité est incroyablement bluffante.
Les réalisateurs de fiction sont vraiment à la ramasse face à leurs collègues documentaristes, et livrent au mieux un bon personnage (Le flic ambigu joué par Samuel L.Jackson dans le lourdaud Harcelés), une demi-idée provocante (plus on ressemble à Jésus, plus on a une grosse bite, morale d’All God’s children, rafraichissante dans le politiquement correct ambiant). Même David Gordon Green, pourtant cinéaste jusque là impeccable (de George Washington à L’autre rive) se disperse de trop dans Snow Angels. Cette chronique d’une petite ville de la Bible belt est néanmoins haut la main ce qui a été vu de mieux ici à ce jour, quand certaines scènes sont traversées par sa capacité démente à incarner le spleen de l’Americana et son hiver de sentiments. Un climat qui collerait presque avec l’ambiance de Deauville en ce lundi : ciel grisouillant et calme mortifère. Que même un tube d’Abba n’arrive pas à réchauffer.



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Même Carole Bouquet (président du jury) n’en pouvait plus : Il est temps que ça s’arrête et de rentrer à la maison ! glissait-elle aux journalistes sur le tapis rouge…
Et encore, elle était logée au Royal ou au Normandy et devait être entouré
Bref, Deauville, c’est fini. Grozilla sera content… Avant de rentrer, le palmarès quand même.
On vous avait prévenu, il fallait surveiller The Visitor. C’est donc le film de Tom McCarthy qui remporte le grand prix du festival. Ce joli petit film qui raconte l’histoire d’un prof de fac veuf qui découvre que son appartement new-yorkais est occupé par un couple d’immigrés clandestins est un appel à la tolérance et à la rebéllion face à l’administration Bush
Le Prix spécial du jury va à Ballast, de Lance Hammer.
Zoe Cassavetes hérite du prix de la Révélation Cartier.
La critique internationale a récompensé quant à elle Gardens of the night, de Damian Harris, qui retrace le destin tragique d’une fillette kidnappée par un réseau de pédophiles.
Et le cinéaste Jean-Stéphane Sauvaire ainsi que son producteur Mathieu Kassovitz ont reçu le prix Michel d’Ornano pour Johnny Mad Dog, un docu-fiction sur les enfants soldats du Liberia.
Sur ce, on part se coucher…