C’est Vendredi.
Dehors le soleil brille. Des odeurs partout, des odeurs.
Ici, à part un négatif qui a étrangement disparu et qu’on va retrouver rapidement –m’assure-t-on- tout roule. J’en doute et je contiens une colère sourde.
La plupart du temps, le mixage est une Ă©tape gonflante -pour moi du moins-, le reste du temps c’est passionnant. Le film devient de plus en plus fort. La vision du film risque d’ĂŞtre une expĂ©rience sonore et visuelle très particulière. Une sorte d’opĂ©ra baroque de sons et de lumières. Pink Floyd Ă Pompéï. Dimanche, je serais Ă Paris avec François, le compositeur et SĂ©bastien, son mixeur pour finir le mixage des musiques de la bobine 4 et 5. Et puis un dernier tunnel de deux semaines de mixage ici Ă Bruxelles avant l’étalonnage Ă Paris en compagnie de mon ami BenoĂ®t, le chef OpĂ©rateur.
Marcel Hartmann, le photographe m’a tĂ©lĂ©phonĂ© tout Ă l’heure très heureux d’apprendre que les Ă©ditions de la Martinière veulent faire un livre avec les photos du tournage. Sur le plateau, Marcel a fait des photos renversantes de beautĂ©e. Dont beaucoup que je n’ai pas encore vue. Je vois Marcel fin du mois histoire de sĂ©lectionner ensemble les meilleures photos.
A part ça, mon iphone est passé en 1.1.3, l’opération a failli mal tourner, mais chez Alea Jacta, la boîte de post-prod où je mixe il y a un technicien particulièrement rusé ; Kriku qui a sauvé mon joujou de la catastrophe.
Avant d’aller boire des bières avec mes copains, je joins à cette note une photo de Fred et de sa vilaine chemise du jour tout en vous souhaitant un bon vendredi soir. F.
PS: R.I.P John AlvinÂ
C’est Jeudi.
Non, je n’ai pas vu Rambo. Fred et Manu ne m’ont pas laissés partir. J’ai bien essayé de le télécharger, seulement la qualité était pourrie et le film en espagnol. J’ai abandonné.
Je passe le plus clair de mon temps sur un canapé pas confortable, à lire tout ce qui me passe dans les mains, à consulter mes emails, à téléphoner et à faire des photos moches de mes camarades avec mon iphone tout neuf. Certes je fais un peu de bruit, l’enceinte arrière gauche qui gesticule c’est sans doute moi. En face, dans l’audi Manu, Fred et Gilles travaillent sans faiblir et veillent à l’harmonie sonore du film. Je regrette pourtant d’avoir été si négligent avec la prise de son direct sur le plateau, même si on a post-synchronisé et récupéré beaucoup de bonnes choses, de belles choses sont malheureusement irrécupérables. C’est qu’entre les lieux de tournage infernaux, les 150 enfants Thaï, le plan de travail impossible et le bordel ambiant, il était difficile pour moi de la fermer pendant les prises.
Entre deux somnolences, Manu vient me secouer histoire que je valide ça et lĂ . On chipote, tricote, pinaille pas mal. Ca avance et dĂ©pote. Fred a une chemise particulièrement vilaine aujourd’hui. MichaĂ«l, mon bon producteur et bon camarade m’annonce que la sortie du film risque d’être avancĂ© de quelques semaines, il parle du 20 AoĂ»t. L’étĂ©. A vrai dire, c’est sans doute mieux, l’embouteillage du mois de Septembre risque de faire des malheureux. Autant le mois d’AoĂ»t. Encore que rien n’est gagnĂ©.
F.
PS : Si tu reviens, j’annule tout.
Â
Aujourd’hui c’est mercredi.
Libé consacre un long papier au nouveau film de Pierre Trividic et Patrick Mario Bernard, auteur d’un documentaire extraordinaire sur Lovecraft et d’un film immersif et singulier ; « Dancing ». La prose cinéma de Libération m’est souvent pénible, mais là j’ai lu l’article d’un seul bout, j’en aurais même repris.
Mercredi c’est aussi jour de sortie de « Rambo », l’ultime dernière mission finale. Adolescent, John a été mon copain de chambrée un bon moment, de plus une bonne partie de l’équipe Thaï de « Vinyan » a participé au tournage explosif de Rambo. Que des bonnes raisons pour découvrir le film dans la journée. Si Fred et Manu me laissent partir, ce qui n’est pas certain.
A Bruxelles, il fait beau. Et c’est tant mieux.
Le mixage se déroule paisiblement, c’en est presque chiant.
Heureusement les problèmes de validation de générique début, de date d’étalonnage, de droit musicaux et de communications perturbent mon léger ennui du matin.
En attendant le déjeuner, je prends une photo de la chemise du jour de Fred, qui se marie bien avec son joli teint.
Fred aime les vilaines chemises, les flashys, les fushias, les criardse, c’est son truc, son dada, sa marque de fabrique…
Les vilaines chemises et lui, c’est une longue histoire. J’ignore son origine, son traumatisme, un jour peut être, il livrera son mystère. Enfin Fred est un excellent monteur son, il est mon ami et je respecte ses chemises, ses secrets et ses choix esthétiques.
Il est temps pour moi de replonger dans le bruit et la fureur du mixage.
F.



(2)

Lundi. Ă” les beaux jours.
Hier j’ai passé la journée avec François Eudes et Sébastien qui terminaient de mixer les musiques chez Pamplemousse, Rue de Bagnolet. Je suis très content du travail de François Eudes, même si tout ça n’a pas été sans mal. J’attendais beaucoup de lui et je ne suis pas déçu. Le travail du son et de la musique a été difficile, lent et exigeant. Je sais depuis le départ de la production que tout allait se jouer au son. Depuis les toutes premières visions des premiers bout à bout, je répète inlassablement à Michaël, mon producteur et aux différents partenaires financiers que le film donnera sa pleine mesure quand le son et la musique seront accomplies. Et à certaines étapes du travail, il est parfois difficile de demander aux producteurs et partenaires financiers d’interpréter ce que le film peut (éventuellement) devenir…
Vinyan est -aussi- un film mental et rendre compte sensoriellement de la folie, de la paranoïa et du désarroi du couple n’est pas une mince affaire. Même si il reste du travail, j’ose croire que nous ne sommes pas loin du but.
En tout cas, je jubile de toutes ces expérimentations –qui effraient parfois Michaël-, j’espère juste que le public ne me les fera pas regretter…
Mon iphone est bloqué. Vendredi, j’ai tenté une update en 1.1.3, malheur à moi, il n’a pas aimé et il s’est bloqué. Kriku l’embarque ce soir chez lui et m’a promis de s’en occuper.
Samedi après-midi, j’ai vu « Cloverfield », j’aurais mieux fait d’aller voir « Rambo ». Certes efficace, mais creux, affreusement gnagnan et honteusement conventionnel. J’espère juste que Ruggero Deodato touche des royalties pour le concept formel du film.
Un mot encore pour honorer la mémoire de Rod Scheider, immense acteur qui a illuminé ma jeune vie de cinéphage de « Jaws » à « Sorcerer », de « All That Jazz » à « Naked Lunch »…
A bientĂ´t. F.
PS: pas de photo de la chemise de Fred, ’cause pas d’Iphone…