Everything Everywhere All at Once
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Le film-phénomène fait la clôture du festival parisien. Un OVNI fascinant, avec Michelle Yeoh au coeur du multivers. Critique.

Précédé d’un bouche-à-oreille assez extraordinaire, Everything Everywhere All at Once de Daniel Scheinert et Daniel Kwan montre enfin le bout de son nez en France, pour la soirée de clôture du Champs-Elysées Film Festival, avant une sortie inespérée en salles fin août. Grosse surprise du box-office américain, la dernière production A24 commence comme un drama familial de poche : propriétaire d’une laverie, Evelyn Wang (Michelle Yeoh) semble à bout, incapable dialoguer avec sa famille, saoulée par son travail… Mais soudain, lors d’un rendez-vous avec une inspectrice des impôts qui a décidé de lui mener la vie dure (Jamie Lee Curtis, forcément géniale), elle se retrouve plongée dans le multivers et explore une partie des univers parallèles où sa vie aurait été différente. On n’en dira pas tellement plus, si ce n’est qu’Evelyn est aussi capable de s’accaparer les compétences de ses « doubles » grâce à des mouvement improbables, et qu’il lui reviendra sauver le monde d’une étrange entité venue semer le chaos. 

Les « Daniels » (leur petit surnom) signent un film plein comme un oeuf, qui emprunte autant à Matrix (le côté méta très assumé, la figure de l’élu) qu’au cinéma hongkongais (les arts martiaux seront centraux). Un gros foutoir à l’échelle cosmique, mené tambour battant, et dont la grande réussite tient à l’exploration de l’extraordinairement grand - le multivers tout entier - pour régler une affaire a priori infiniment petite - la crise existentielle d’une mère de famille, engoncée dans sa vie. Cette aventure intérieure est évidemment trop longue et trop bordélique pour garder parfaitement l’équilibre durant 2 h 19, mais le film met un point d’honneur à constamment surprendre, et parvient à toucher la corde sensible dans les situations les plus ubuesques - l’univers où les gens ont des doigts en forme de saucisses pourrait bien finir par vous tirer quelques larmes. De quoi, au passage, mettre une sacrée claque au frileux Doctor Strange in the multiverse of madness.


Et ce qui ressemble de loin à un mausolée à la gloire de Michelle Yeoh (ce qu’il est aussi) se transforme très vite en hommage assumé à tous les acteurs asiatiques sous-utilisés : l’éternel James Hong n’avait pas eu autant à jouer depuis bien longtemps et Ke Huy Quan (le Demi-Lune d’Indiana Jones et Data des Goonies, devenu depuis cascadeur et même assistant réalisateur de Wong Kar-wai sur 2046 !) a tout l’espace nécessaire pour déployer un jeu délicieusement chaplinesque, entre humour physique et accablement pur.

Profondément humaniste dans son message, le film poursuit par ailleurs le travail des Daniels entamé avec Swiss Army Man, leur précédent long sorti directement en DVD chez nous. Ils y exploraient déjà l’air de rien la piste ontologique, mais à travers les prouts du cadavre de Daniel Radcliffe : expurgé de cet aspect trivial et gaguesque, Everything Everywhere All at Once suit au fond scrupuleusement la même ligne, assurant que toutes les réponses au vide existentiel sont en nous, ou pas si loin. Dans un cas comme dans l’autre, l’illumination et l’espoir ne tiennent pratiquement à rien, en l’occurence à un pet ou à une successions de gestes incongrus.

Everything Everywhere All at Once fait la clôture du Champs-Elysées Film Festival ce 28 juin, et sortira en salles le 31 août.