De Birdy à Avatar, du Guignolo à Sorrentino.
C'est quoi, au fait, un "film Première"? A l'occasion des 40 ans du magazine, on tente de répondre à cette épineuse question en choisissant 40 films qui ont marqué notre vie. Et sans doute un peu la vôtre aussi.
Préparez vos mouchoirs
Première est arrivé trop tard pour accueillir la révolution Les Valseuses… Alors choisissons Préparez vos mouchoirs comme emblème idéal des premières années du magazine. Dewaere / Depardieu / Blier : les hérauts d’une nouvelle génération d’acteurs et de réalisateurs (citons également Huppert, Miou-Miou, Dutronc, Jean-Jacques Annaud…), snobée par les Cahiers, et qui va fédérer les passions pendant les dix années qui vont suivre.
Le Guignolo
Avant L’As des as, c’est le film qui cristallise le mieux le divorce entre Jean-Paul Belmondo et la critique « intello », qui lui reproche ses cascades et son caleçon à poids placardé partout dans Paris… Mais Première, pas effarouché (qui a dit pas très intello ?) restera toujours fidèle à Bébel.
Greystoke, la légende de Tarzan
Film phare des eighties, naissance du phénomène Christophe Lambert. « Un nouveau venu que tout le monde s’arrache déjà », comme titrait à l’époque le magazine, déterminé à ne surtout pas passer à côté de l’acteur absolu de son époque.
Highlander
Lambert, la suite. Un autre réal’ à la mode et porté disparu depuis (Russell Mulcahy, après Hugh Hudson), et la plus grosse vente des années Lavoignat-Esposito : 480.000 exemplaires écoulés ! (quelques années plus tard, le numéro Max et Jérémie marchera un poil moins bien).
Les Spécialistes
Bernard Giraudeau-Gérard Lanvin. L’action façon Patrice Leconte. Une certaine idée du star-power made in France, du cinéma frenchy qui montre les crocs face au géant US, et de l’image qu’on se faisait d’un bon film du samedi soir circa 1985.
Birdy
Alan Parker, auteur Première séminal. Tous les deux nés la même année (Bugsy Malone, son premier film, date de 1976). Le lyrisme coup de poing, l’esthétique pubarde anglaise portée à son point d’incandescence, la poésie et la rage adolescentes… Film culte du cinéaste, Birdy fit un impressionnant carton plein (que des ****) dans notre tableau des étoiles en 1985.
Angel Heart
Alan Parker, encore. Cette fois-ci pour son association avec Mickey Rourke, l’un des cover boys les plus réguliers de l’époque « classique » de Première. Angel Heart aura carrément droit à deux couv’ en 1987.
Le Grand Bleu
Luc Besson aura fait la couverture du magazine pour la quasi-totalité de ses films. En général, c’est d’ailleurs lui (son visage en gros plan) plutôt que le film. Mais la toute première fois, c’était le film plutôt que lui. En l’occurrence un dauphin, emblème animal de ce méga-hit générationnel.
L’Ours
L’autre animal-totem de nos années 80. Et, aux manettes, un autre réalisateur alors méprisé par la quasi-totalité des critiques hexagonaux. La folie démiurgique, la puissance mythologique, l’ambition hors-norme… Aujourd’hui encore, on aime toujours autant ça.
Voyage au bout de l’enfer
Bien sûr, ce film n’appartient pas qu’à Première. Il est universel. Mais à chaque sondage au sein de la rédaction, que ce soit pour les vingt, les trente ou les quarante ans du magazine, c’est pareil : le chef-d’œuvre de Cimino remporte tous les suffrages. C’est le film qui réconcilie tout le monde, les fans de Brando comme ceux de Philippe Noiret, les fidèles de John Ford et ceux d’Haneke.
Il était une fois en Amérique
Comme Voyage au bout de l’enfer, l’un des titres les plus unanimement cités dès qu’on sonde les rédacteurs ou les lecteurs du magazine. Le plus beau film des 40 dernières années ? Hum… quelque chose comme ça, oui.
Full Metal Jacket
Un des plus gros événements cinéma de la fin des années 80, et une vraie exclu à la clé : la seule interview accordée à l’époque à la presse française par Stanley Kubrick. Ce qui déclencha dit-on le courroux du fidèle kubrickien Michel Ciment…
Camille Claudel
Un film malade, à vif, dense et complexe, celui d’une comédienne qui ne craignait rien. Le chef-d’œuvre de la plus grande actrice des années 80.
Batman
Le « caped crusader » version Tim Burton n’est pas le premier super-héros à avoir fait la couverture – en 1979, Superman était carrément accueilli comme « le film du siècle ». Mais ce Batman-là, en plus de marquer un tournant industriel, entérine aussi notre relation d’amour-haine avec le genre super-héroïque. C’est le tout premier film que Première mettra en couverture sans même l’avoir vu. Nouveau mantra du magazine : l’événement, l’attente, l’excitation et l’art du teasing sont parfois aussi importants que le film lui-même.
Les Nuits Fauves
Avant Trainspotting, avant Fight Club, avant Le Péril Jeune, le véritable premier film générationnel des 90s, c’est le film-posthume de Cyril Collard. Pas forcément celui qui a le mieux vieilli. Au contraire : c’est un pur concentré de l’air du temps, entre naturalisme post-Pialat et esthétique vidéoclippesque. Au-delà du jugement critique, du « bien » ou du « pas bien » : un shoot rétro qui synthétise une époque.
C’est arrivé près de chez vous
Sale gosse, mal élevé, dérangeant, tordant : tout pour nous plaire. Le film marque aussi, surtout, la rencontre avec Benoît Poelvoorde, meilleur « client » pour la presse cinéma de sa génération.
Les Visiteurs
Le succès monstre des Visiteurs est l’occasion pour Première d’asseoir Christian Clavier sur son trône de « king of comedy ». La confirmation d’une idylle entamée dès les premiers temps du Splendid et poursuivie depuis avec des hauts et des bas (voir l’interview qu’il a nous a accordée au moment des Visiteurs 3).
Ed Wood
Mi-90’s, Johnny Depp devient l’acteur Première idéal – branché et mainstream à la fois. Pop et populaire. Sa filmo de l’époque est un sans faute, et le Festival de Cannes 95 (où il présente Ed Wood et Dead Man en compète) son triomphe.
Pulp Fiction
Ça paraît facile de choisir ce film là aujourd’hui, maintenant que Pulp Fiction est devenu l’un des films les plus adorés de la galaxie. Ça l’était (un peu) moins à l’époque, quand la violence selon Tarantino faisait débat et qu’il fallait choisir son camp. Nous, on n’a pas hésité longtemps…
La Haine
Attention, Kassovitz ! L’accueil dithyrambique qu’on réserva à l’époque à La Haine sera également le point de départ d’une brouille historique entre l’acteur-réalisateur-bad boy surdoué et le rédac’ chef Alain Kruger. Depuis, Kasso et Première ont fait la paix. Et La Haine n’a pas pris une ride.
The Killer
Première se sera pris la vague HK en pleine poire en même temps que le reste de la presse occidentale. Et s’en fera un des chantres les plus enthousiastes grâce à sa rubrique DVD de l’époque, véritable bastion bis, fouineur et éclairé, où l’arbre The Killer ne cherchait surtout pas à cacher la forêt de pépites hallucinés(-nantes) qui débarquaient alors d’Asie.
Lone Star
« Lone Star versus extraterrestres ». L’un des coups (l’une des couv’) dont on est le plus fier. Le mois de la sortie d’Independance Day, on choisit de mettre en avant ce beau western moderne de John Sayles, starring un néo-Paul Newman de 26 piges nommé Matthew McConaughey. Vingt ans plus tard, la photo a toujours autant de gueule. Et Lone Star mérite vraiment d’être redécouvert.
Fight Club
La majorité des critiques de l’époque prenaient un immense plaisir à défoncer Fight Club. La satisfaction rétrospective d’avoir soutenu David Fincher dans la tempête est donc d’autant plus grande : critique parfaite signée Jean-Yves Katelan, couv’ provoco-ricanante comme on les aime (« Fight Club dans ta gueule »). Pour couronner le tout, vous nous avez fait très plaisir la semaine dernière en le désignant comme votre film préféré des 40 dernières années.
Matrix
Deux couv’ d’affilée pour Matrix en 1999 ! C’était sans doute nécessaire pour encaisser le choc du trip visionnaire des Wachowski. On refera le coup vingt ans plus tard avec nos deux couv consécutives consacrées à…
Avatar
Une fois avant la sortie, avec Zoe Saldana et Sam Worthington au naturel. Une autre après, avec une big interview de James Cameron pour nous aider à digérer la plus grosse révolution esthétique du millénaire naissant.
Les Indestructibles
L’un des deux Pixar (avec Vice Versa) à avoir fait la couverture du magazine. C’est – encore aujourd’hui – notre Pixar préféré (devant Vice Versa, donc), notre Brad Bird préféré, notre parodie de film de super-héros préférée, notre film de super-héros (tout court) préféré.
Le Pacte des Loups
Le film dans lequel une génération entière plaçait tous ses espoirs. Un triomphe.
Blueberry
Le film dans lequel une génération entière plaçait tous ses espoirs. Un désastre.
Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain
« Cette fille va changer votre vie ! », prédisait le magazine, toujours sensible à l’air du temps, trois semaines avant la sortie triomphale du film de Jean-Pierre Jeunet. Deux mois plus tard, ce sentiment était confirmé par plus 8 millions de spectateurs. Un raz-de-marée feel-good auquel on est fier d’avoir (très modestement) contribué.
The Artist
Une certaine idée de la classe française. Et du cocktail Première idéal : comédie pas conne + cinéphilie fétichiste jamais poussiéreuse + l’idole Dujardin en majesté. Nous, contents.
Mad Max : Fury Road
Un rêve de cinéma inespéré. La consécration de trente ans de fantasmes qu’on n’osait même pas formuler à voix haute. Visions dantesques, puissance mythologique inentamée, classique instantané. Tourne en boucle chez certains rédacteurs du magazine depuis bientôt deux ans.
Babe, le cochon devenu berger
Tiens, à propos de George Miller… Il n’y a pas que les road-movies sur Max Rockatansky dans la vie. Babe aussi fut film du mois. Le mois de la sortie de Heat et Casino, mais oui.
Capitaine Conan
Un autre coup à la Lone Star versus Independance Day. Le mois de la sortie de Mission : Impossible, le film de Bertrand Tavernier atterrit en couverture avec cette accroche : « Mission accomplie ». La légende veut que Tom Cruise se soit plaint auprès de son attaché de presse en expliquant qu’il n’avait jamais validé cette photo de lui en uniforme de poilu (normal : il s’agissait de Philippe Torreton).
On connaît la chanson
Un triomphe populaire, un grand film d’auteur, qui enivre d’abord de joie avant de terrasser par sa mélancolie. Une définition presque parfaite de ce qu’on attend du cinéma.
Un prophète
Celui-ci ou De rouille et d’os ? Sur mes lèvres ou De battre mon cœur s’est arrêté ? A moins que Regarde les hommes tomber…. Bref : Jacques Audiard.
Impitoyable
Celui-ci ou Sur la route de Madison ? Pale Rider ou Un Monde parfait ? A moins que Mystic River… Bref : Clint Eastwood.
Twilight
Début d’un phénomène, certes, mais surtout début d’une love story entre la rédaction et Robert Pattinson : vrai bon acteur, belle gueule teenage qui reprend le flambeau porté autrefois par James Dean et Johnny Depp. Il est bon en vampire romantique, mais en chauffeur de limo pour Cronenberg ou en « rover » pour David Michod, ça nous va très bien aussi.
La Grande Bellezza
Paolo Sorrentino est l’un des rares cinéastes contemporains à encore déclencher des batailles d’Hernani. Merci à lui. On n’est bien sûr pas les seuls à le défendre (Télérama et Technikart sont sur la brèche) mais on est toujours heureux de lui réserver la place qui lui revient (la meilleure) dans notre cahier critique.
Buffet froid
On a commencé avec Préparez vos mouchoirs, finissons avec Buffet froid, le vrai chef-d’œuvre seventies de Blier. C’est aussi le film fétiche de Christophe Narbonne, pilier de la rédaction depuis bientôt deux décennies. Une raison suffisante pour figurer dans cette liste.
René la canne
Euh… hein ? Oui, oui, René la canne, le film oublié de Francis Girod, starring Depardieu et Sylvia Kristel, qui eut les honneurs de la couverture du tout premier numéro. Le film a bientôt quarante ans, et un rapide sondage effectué au sein de la rédaction ce matin (moyenne d’âge des rédacteurs : 40 ans) a révélé que presque personne ici ne l’a vu. A part le rédac chef Gaël Golhen. Il est trop fort. C’est d’ailleurs sans doute pour ça qu’il est rédac chef.
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