Tout est en place dès la première scène. Un corps en surchauffe, un homme face à la foule, un discours qui promet tout - absolument tout. À partir de cette ouverture (opératique), Gourou ne se déploie pas : il s’enclenche. La suite sera une spirale : Yann Gozlan ne raconte pas l’ascension d’un coach mais orchestre sa descente aux enfers, comme si le film, ayant posé toutes ses cartes dès le départ, n’avait plus qu’à observer les conséquences.
Très vite, une question s’impose : comment filmer un monde saturé de discours sans en rajouter une couche ? Comment mettre en scène la parole sans s’y dissoudre ? Gourou avance sur cette ligne de crête. Il montre des séminaires, des plateaux télé, mais cherche son ancrage ailleurs : dans les corps, les objets, des images qui fissurent plutôt qu’elles n’expliquent. Un fusil appuyé contre un mur. Un bain glacé, trop silencieux. Un visage soudain vidé. Ces moments - discrets, cruels et triviaux - où le film cesse de parler pour regarder, sont les plus justes. C’est là que Gourou bascule vers le film noir, au sens moral. Non pas l’histoire d’un imposteur démasqué, mais celle d’un engrenage : plus le personnage parle, plus le cadre l’isole, l’enferme. Cette tension fait la singularité d’un film qui se tient entre deux nécessités contradictoires : faire du cinéma avec le discours, tout en cherchant à ne pas en être prisonnier. Souvent, la mise en scène l’emporte, installe le doute et l’ambiguïté. Ailleurs, le film accompagne son sujet de plus près, au risque de surligner et de réduire la distance critique. Reste cette injonction finale : ne croyez pas ce qui est dit. Croyez ce qui est montré. Gourou n’est pas un film à thèse, mais une mise en abyme attentive à sa propre parole. Un thriller parano qui cherche à interroger ses images autant que ses discours.