La Petite dernière, L'Agent Secret, 28 ans plus tard, Une bataille après l'autre... Et vous, quels ont été vos films préférés de l'année ?
Le cinéma est mort ? En attendant que cette funeste prophétisation se concrétise, l'année 2025 a encore été riche de grands moments pour le 7e art. Après notre top séries, voici les 10 meilleurs films retenus par la rédaction de Première, en toute subjectivité bien sûr.
10. The Brutalist de Brady Corbet
Un homme émerge du fin fond d’un navire, la Statue de la Liberté entre dans le cadre la tête à l’envers, et Brady Corbet réinvente le "grand roman américain". Un film volontairement monumental sur la construction d’un monument, et sur le prix à payer par les artistes quand ils n’ont plus d’autre choix que de devenir les jouets d’oligarques en plein délire de toute-puissance. Au passage, après deux films passés sous le radar (The Childhood of a leader et Vox Lux), Corbet rectifie spectaculairement sa propre trajectoire de cinéaste en quête de grandeur.
9. La Petite dernière d'Hafsia Herzi
On avait aimé les deux premiers films d'Hafsia Herzi, Tu mérites un amour et Bonne mère. On a adoré son troisième, remarquable adaptation du roman autobiographique de Fatima Daas. Son récit d'émancipation d'une jeune lesbienne de confession musulmane touche juste par son talent à nous propulser dans la tête de son héroïne et nous faire ressentir tout ce qu'elle traverse: ses hontes, ses doutes, ses emballements du cœur, ses peurs … Dans ce rôle, l’intensité et le charisme de Nadia Melliti illuminent l’écran. Plus qu’une révélation, un surgissement couronné du prix d’interprétation cannois.
8. Alpha de Julia Ducournau
Présenté en compétition à Cannes 2025, Alpha est le film qui a fait parler autant qu’il a divisé. Dans une uchronie tragique, la réalisatrice de Titane explore à vif une épidémie métaphorique qui pétrifie les corps et déchire les liens familiaux, porté par des acteurs puissants (Mélissa Boros et Tahar Rahim). Certains y ont vu une parabole bouleversante sur le deuil et la marginalité, d’autres un récit confus et surchargé, parfois trop abstrait pour vraiment toucher. Nous le nouveau chef d’œuvre dune réalisatrice au talent unique qui décidait là de se mettre à nue. Une œuvre qui polarise autant qu’elle fascine.
7. 28 ans plus tard de Danny Boyle
Les retrouvailles Danny Boyle-Alex Garland, pour une suite au séminal 28 jours plus tard, qui marque aussi le début d’une nouvelle trilogie. Traversé d’images craspec qui dynamitent les clichés de l’imagerie zombie, le film est une réflexion électrisante sur le deuil et l’orgueil nationaliste, où les deux éternels sales gosses du cinéma british passent leur vieille obsession pour Apocalypse Now au tamis des maux contemporains : menaces pandémiques, repli sur soi, virilisme va-t’en guerre… Avec Ralph Fiennes en colonel Kurtz post-apo, et un poème de Kipling qui prend aux tripes.
6. Un parfait inconnu de James Mangold
Quatre ans dans la vie de Bob Dylan, le temps de la métamorphose du jeune folkeux acoustique en prophète rock électrique. C’est le portrait d’une idole récalcitrante par un jeune acteur surdoué (Timothée Chalamet) qui ne cache pas son ambition d’être le plus adulé de sa génération. C’est aussi le portrait d’un génie par un humble artisan (James Mangold), qui utilise superbement toutes les ressources de la machinerie hollywoodienne (photo, casting, reconstitution… tout est canon), et réfléchit à la nature très complexe du lien qui unit les stars à leur public. Les biopics musicaux sont-ils condamnés à ressasser toujours les mêmes clichés ? La preuve que non.
5. Life of Chuck de Mike Flanagan
Trois fragments d’une vie et une mort racontés à rebours, Life of Chuck transcende l’adaptation littéraire pour devenir une méditation sur l’existence ordinaire. Mike Flanagan, qui a rarement été aussi délicat et sensible, tire de la nouvelle de Stephen King un conte méta sur la mémoire, l’amour et la danse comme acte de vivre, porté par une mise en scène fluide et des séquences d’une grâce stupéfiante. Si sa narration éclatée nous perd parfois, c’est pour mieux épouser le chaos d’une vie et elle sert un propos humaniste et lumineux qui résonne longtemps après le générique.
4. L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho
Le jury du dernier Festival de Cannes a récompensé la fabuleuse prestation de Wagner Moura dans L’Agent secret, ainsi que sa mise en scène. Et il a eu bien raison. Il aurait pu également lui décerner le prix du scénario, ou même celui de la meilleure bande-son (s’il existait), tant le film de Kleber Mendonça Filho est touché par une grâce rare. Le réalisateur d’Aquarius et Bacurau signe un grand thriller politique, et une reconstitution enivrante du Brésil des années 1970 sous dictature militaire, mais aussi une réflexion sur la mémoire et une déclaration d’amour au 7e art, dont on ne ressort pas indemne. 2h40 d’absolute cinema.
3. Sinners de Ryan Coogler
Ryan Coogler et deux Michael B. Jordan ont réussi à déjouer l’équation d’un box-office U.S estival pourtant moribond. Ils ont surtout prouvé que les audaces narratives et formelles étaient encore possibles à Hollywood. Mieux, souhaitées. La prohibition est ici vécue depuis un bouge du fin fond du Mississippi, unique poche de résistance d’un monde perdu. Ce Sinners néo-Rio Bravo attend l’arrivée des Peaux-Rouges sauf que ceux-ci n’ont rien à voir avec des indiens. Et le Blues, musique du diable s’il en est, déchire l’espace-temps et lacère les corps. Oooooh yeaaah !
2. Sirāt d’Oliver Laxe
Qui aurait parié avant les aventures cannoises qu’un film d’Oliver Laxe (Mimosas, Viendra la feu…) serait non seulement vu par toute la rédaction mais unanimement adoré au point de figurer (presque) tout en haut ? Des enceintes, une free party, des falaises, du sable, des corps saccadés et un père qui cherche sa fille… Le tout vire Mad Max en sarouel avec à mi-parcours un séisme dramatique à faire passer Haneke pour un Télétubbies. Très loin des sentiers (re-)battus, donc. Une divine surprise.
1. Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson
On ne pensait pas PTA capable de ça. Le virtuose de la complexité, le master des fresques meta signe un cocktail vertigineux (explosif) de politique, d’action et de satire sociale, faisant de l’errance d’un ex-révolutionnaire (Leonardo DiCaprio) une fable autant qu’un vrai thriller. Le film embrasse le chaos des idéologies contemporaines avec une énergie folle, alternant poursuites, humour et moments d’émotion brute, soutenu par une bande-son et une mise en scène spectaculaires. Une fresque à la fois politique et profondément cinématographique, toujours captivante. Meilleur scène de l’année (le ruban de route), meilleurs perfs de l’année (Leo et Benicio del Toro), meilleurs méchants de l’année… bref naturellement le meilleur film de l’année.







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