Else interview de Thibault Emin
UFO Distribution

Le scénariste et réalisateur Thibault Emin nous présente son film horrifique original, influencé par David Cronenberg, Ridley Scott ou Denis Villeneuve, dans lequel des humains se fondent littéralement dans le décor.

Anx (Matthieu Sampeur) vient de rencontrer Cass (Edith Proust) quand l’épidémie éclate : partout, les gens fusionnent avec les choses. Cloîtré dans son appartement, le couple doit faire face à cette menace monstrueuse.

Thibault Emin sort un film très original cette semaine. Else est une histoire d'amour mêlée aux codes du cinéma d'horreur, dans laquelle hommes, femmes et enfants se mettent à fusionner avec les objets et décors qui les entourent. Est-ce un film d'épidémie ? Une oeuvre de SF à la David Cronenberg ? Un hommage aux expériences cinématographiques de David Lynch, son réalisateur préféré ?

Son créateur nous livre quelques clés pour mieux comprendre Else. Il nous parle de ses influences autant que des différents défis créatifs qu'il a dû relever pour mener à bien ce projet expérimental, tourné avec un petit budget en mélangeant des effets pratiques - maquillages et transformations de décors réels- et des retouches numériques.

Voici son teaser :


 

Else, du court au long-métrage

"Else a été écrit longtemps avant la pandémie : mon court, qui racontait déjà la même histoire, remonte à 2007, précise Thibault Emin en préambule. Donc ce n'est pas un film sur le confinement tel qu'on l'a connu, même si le fait d'avoir eu cette expérience commune a impacté le long : avec ma co-scénariste Alice Butaud, on a réécrit des détails, surtout dans sa première partie. Ça nous a permis de couper aussi. Il y a des choses qui nous semblaient être devenues moins intéressantes vu que tout le monde les avait vécues. Mais oui, après les premières projections, on m'a souvent parlé du Covid et du confinement, et je comprends. Sauf que de mon point de vue, ce processus a été si long... On a failli le tourner un première fois en 2019."

Else interview de Thibault Emin
UFO Distribution

"Le mot 'else' est plus vieux que le projet du film, poursuit-il. Ça a été le titre d'un autre projet de film qui date d'il y a... 20 ans. C'est un mot que j'ai beaucoup rêvé. Il faut savoir qu'Alien, c'est mon titre de film préféré, je trouve que c'est le titre absolu. Pour plein de raisons : ça fait rêver, c'est complètement rentré dans langage courant, c'est d'une simplicité exemplaire et en même temps il y a du latin derrière, de la philo... J'ai toujours rêvé de trouver quelque chose qui arrive à ça. Sauf que philosophiquement, je voulais aller dans le sens inverse parce qu'Alien c'est l'autre négatif, celui qu'on ne peut pas comprendre, qu'on ne peut pas connaître, mais surtout qu'il faut absolument le tuer. C'est répété dans toutes les suites : l'Alien, à l'instant où on essaie de le comprendre, on est condamné à mourir. J'adore ces films, mais politiquement et philosophiquement, cette idée là, je la trouve atroce. C'est quelque chose qui pour moi est très réel dans la pensée humaine et dans notre comportement face à l'altérité.

LA SF, pour moi, c'est toujours politique, l'imaginaire, aussi, c'est de la politique. Et donc pour Else, l'idée était de trouver un mot qui veut dire la même chose, 'autre', mais qui n'ait pas cette connotation négative. Un 'autre' plus ambigu. J'ai rien trouvé en français. Else, sûrement par exotisme, car ça ne doit pas faire rêver du tout les anglophones, ça disait tout de suite : 'Ce n'est ni positif ni négatif, c'est simplement quelque chose d'autre, qui n 'était pas prévu au programme.' Normalement, c'est un terme qu'on utilise après plein de différents mots, les Anglais ne disent jamais 'else' tout seul. Et je le trouve très beau pour ça. 'Something else', c'est enfin une expression qui est dans La Mouche : à un moment donné, il parle de sa maladie et il dit : 'Je crois que j'ai compris ce que la maladie veut, elle veut me transformer en quelque chose d'autre.'

Est-ce que c'est une promesse pour le spectateur ? C'est vrai qu'on peut le comprendre comme ça. Vous allez voir quelque chose d'autre, de différent de d'habitude. En tout cas, quand on a présenté le film au festival de Toronto, j'ai vu que les gens comprenaient complètement les multiples sens d'Else, on m'a même parlé du fait que c'était un rêve de cinéma, de positionnement par rapport au monde du cinéma, par rapport à plein de choses philosophiques, aussi. Le fait que ça fonctionne comme titre, pour moi, c'est énorme."

Else interview de Thibault Emin
UFO Distribution

"Je voulais faire l'anti-Body Snatchers, en fait"

"De tous ces films-là, c'est peut-être le plus important, commence le créateur d'Else quand on aborde les oeuvres cinématographiques qui l'ont influencé. Les gens parlent du Blob, mais L'Invasion des profanateurs, c'est un très grand film, qui incarne le mieux cette idée d'individualité face au groupe. Qu'on associe quand même beaucoup aux films américains anticommunistes et anti maccarthystes… Politiquement et philosophiquement, je suis contre. Mon idée, c'était vraiment d'aller absolument dans le sens inverse et notamment de la paranoïa : cette idée très étatsunienne de défendre l'individu et la liberté individuelle contre l'uniformisation, contre la copie... Mes parents étaient communistes, j'ai baigné dans cette culture. Mais même au-delà de l'idéologie communiste, pour moi il y a ce culte de la résistance de l'individu face à la menace collective, et j'avais vraiment envie de l'inverser. Dans un premier temps, Else essaye de mettre en scène cette peur-là, en montrant un phénomène terrifiant, cette maladie qui uniformise tout, puis on va dépasser ça, aller au-delà, s'ouvrir totalement à l'altérité. C'est ce qu'on est amenés à faire dans une relation amoureuse, et c'est pour ça que mon film est aussi une histoire d'amour. Ce parallèle avec la fusion fonctionne sur plusieurs niveaux de réflexion."

Donald Sutherland, superbe dans L'Invasion des profanateurs
Artistes associés

Donald Sutherland dans L'Invasion des profanateurs, de Philip Kaufman (1978).

 

"Il y a l'idée que cette maladie s'attrape par empathie, poursuit-il, sans citer de film en particulier. Et donc que ce n'est pas tout à fait une maladie, au fond. Cette fusion pourrait même être une bonne chose ? J'ai eu envie de réfléchir à cela en réaction à tout un pan du cinéma horrifique. Il y a beaucoup de films de zombies, par exemple, où les infectés, dès le moment où ils tombent malades, doivent renoncer à tout ce qui fait leur humanité, et les 'héros' peuvent alors les achever comme un animal. J'avais été tellement choqué par ce genre de scènes, très violentes visuellement mais aussi par leur concept philosophique, que j'ai eu envie de proposer quelque chose d''autre'. (sourire)"

La Mouche
Brooksfilms

Geena Davis et Jeff Goldblum dans La Mouche (1986), de David Cronenberg.

En plus d'Alien et des Bodysnatchers, Else s'inspire des oeuvres complètes de David Cronenberg et de David Lynch, reconnaît Thibault Emin.

"On peut voir Else comme une réécriture de La Mouche..."

"Il faut simplement changer le point de vue. Cronenberg, pour moi, c'est le plus grand penseur de notre époque. Lui, il prend le point de vue du personnage qui est malade, ce qui est encore plus passionnant quelque part. Je voulais inverser cela car ça correspond à mon vécu : ce film est très personnel, il parle de choses qui me sont arrivées de manière très directe, avec ma mère. Les films de Cronenberg m'ont aidé à vivre ça, et à vivre avec ça. Sauf que mon regard n'était pas celui de la personne malade, de la personne qui meurt, c'était celui de l'autre qui voit.

Eraserhead, c'est mon Lynch préféré. C'est le film qui a le plus marqué Else, je pense. Pour le son, surtout. C'est LE film que j'ai montré comme référence au monteur son, avec Blade Runner. Quand je pense à Eraserhead, je pense d'abord au son, encore plus qu'à l'image. Ceci dit, il y a aussi des plans pour lesquels j'ai essayé de recréer une lumière à la Eraserhead. Il y a dans Else une forme d'hommage ponctuelle à cette oeuvre, c'est vrai. Mais au-delà de ça, pour moi, Lynch a fait la chose que je rêve de faire, mon plus grand bonheur de spectateur au cinéma : il a été capable de créer de l'immersion totale. Etre immergé dans un film comme dans un tableau, comme dans un roman... C'est une sensation incroyable, et comme beaucoup de gens de ma génération, j'ai été conquis par ça.. Evidemment, cela passe beaucoup par le son, on est plongés dedans complètement, comme un fœtus dans un ventre.

Dix scènes cultes de David Lynch

Le créateur d'Else reconnaît avoir puisé dans des classiques de la science-fiction anciens et modernes, occidentaux et orientaux, au moment de concevoir son univers.

"L'homme qui rétrécit est également très important"

"Le film des années 1950, de Jack Arnold, qui est un classique adapté d'un roman de Richard Matheson. Sa fin, ça a été un choc pour moi. J'ai reconnu exactement ce que je voulais faire quand je l'ai vue et ça a été un modèle parce que justement, il parvient à faire vivre pleinement une mutation. Bon qui est simple, puisqu'il rétrécit à l'infini, à l'infini, à l'infini... C'est une source de peur, un cauchemar sans fin, il se dépouille de tout ce qu'il est : il n'a plus d'existence humaine, il perd sa femme, tout. Sauf qu'à la fin (attention aux spoilers jusqu'à la fin du paragraphe), au moment où il va devenir une espèce de cellule, quelque chose dans l'infiniment petit, la narration décide un peu arbitrairement que ça devient quelque chose de merveilleux, de positif, et que dans l'infiniment petit, il y a l'infini. L'esprit pionnier reprend le dessus. Cet homme qui va continuer à rétrécir, ça devient un lieu de découverte infini et métaphysique. Ce retournement de négatif en positif dans une transformation, c'est vraiment ce que je rêvais de faire."
 

"Akira, c'est une référence immense pour moi"

La musique du film m'a accompagné pendant toute l'écriture. J'aurais rêvé de la copier, carrément, mais ça ne marche pas comme ça ! (rires) J'ai le sentiment, que contrairement à la science-fiction occidentale, dans la SF japonaise, post-Hiroshima, l'altérité est davantage acceptée. Il y a cette idée d'accepter aussi les traumas, l'horreur et la transformation. Non seulement de faire avec, mais de renaître autrement, d'en faire quelque chose de positif. Cet esprit d'ouverture, de renaissance, je le sens dans Akira, et surtout dans Ghost in the Shell, le premier film d'animation. L'idée de la fusion, ça vient directement de ça, je pense, encore plus que de chez Cronenberg. Même si c'est mental, cybernétique et pas du tout charnel, la fusion de Ghost in the Shell. C'est une oeuvre que j'ai découverte très jeune et qui, pour moi, est un peu indépassable : cette idée que l'héroïne finit par fusionner avec son ennemi, son adversaire, celui qui représente une menace, le danger. Ils vont finalement faire qu'un, puis grandir ensemble et finir par grandir sans fin. Cette fin est justement une ouverture sur tous les possibles. Je me suis dit : 'Waouh c'est la fin parfaite, ultime !'

 

"Premier contact, ça c'était fascinant !"

"Pour moi, c'est le dernier grand film sur l'altérité. Il a vraiment essayé d'aller représenter quelque chose d'autre, de différent, qu'on ne comprend pas."

Pourquoi il faut absolument (re)voir Akira au cinéma

"Créer de la peur par la mise en scène pure"

Fasciné par différentes thématiques de la science-fiction, Thibault Emin est aussi sensible à la construction de la peur au cinéma. Comment plonge-t-on le public dans un monde angoissant ? Eléments de réponses piochés chez Alfred Hitchcock et Ridley Scott.

"Au-delà des influences esthétiques, j'aurais adoré trouver des principes de mise en scène qui soient dans la lignée des Oiseaux. Bon, c'était mon rêve, mais on ne peut pas faire ça sur un premier film, il y a un niveau de génie et de maîtrise du cinéma chez Hitchcock... Impossible de rivaliser avec ça. Mais c'est vrai que j'aurais adoré développer encore plus l'idée que tout peut prendre vie dans le décor. J'ai pu le faire un peu, et ça vient directement du film Alien, que j'aime énormément et que j'avais analysé au cours de mes études. Ridley Scott a réussi un truc incroyable : le monstre du film est en puissance dans chaque bout de décor, et c'est ça qui est terrifiant. Cette correspondance entre la morphologie du monstre et tous les détails du vaisseau qui l'entourent. Le fait de comprendre que l'alien peut se cacher dans n'importe quel recoin du décor, ça créé une peur permanente chez le spectateur. Je crois que ça, ça me parle énormément, même à un niveau inconscient. C'est une crainte très enfantine, la peur que les choses s'animent. Une étape dans le développement de nos psychés, de la pensée humaine."

Alien le huitième passager
Disney

"J'adore les huis clos"

"Les décors de l'immeuble, ça vient pas mal de Delicatessen, qui a une grosse influence sur moi. L'univers de Terry Gilliam aussi, que ce soit L'Armée des douze singes ou Brazil, avec ce type qui parle à travers les tuyauteries.

J'adore les huis clos, et le Jeunet, c'est un film que j 'ai beaucoup revu pour le découpage, la mise en scène. Ce type au sous-sol avec ses grenouilles, qui parle à une nana et qui la pousse à se suicider à travers les tuyauteries. Ce sont des choses que j'ai vues jeune et qui m'ont marqué."

Influence littéraire 

"Paradoxalement, dans mon inspiration, il y a beaucoup de films. A part L'Écume des Jours. C'est vraiment le livre de Boris Vian qui m'a marqué, même si je ne l'ai pas relu depuis l'adolescence. La sensation d'enfermement, d'appartement qui rétrécit... Grosse, grosse inspiration. Boris Vian en général, son esprit... C'est un genre à lui tout seul, encore différent du surréalisme. Je n'ai pas tout lu, mais je rêve de voir plus de son oeuvre adaptée plus largement à l'écran. Michel Gondry a essayé. D'ailleurs, j'avais déjà cette idée de passer progressivement au noir et blanc et quand je l'ai vu reprendre ça sur L'Ecume des jours, je m'étais dit : 'Je ne vais plus pouvoir le faire, ça va être associé à son film...' (rires) En tout cas, si en ce moment on refait du 'body horror', moi j'aimerais bien voir une vague de Boris Vian au cinéma. Je rêve que des gens se réapproprient ses mécaniques de pensée. J'ai l'impression de voir des rêves en le lisant. C'est une influence énorme."

Attention, spoilers !

Ce dernier paragraphe à propos des influences d'Else décrypte sa toute dernière scène. Mieux vaut le lire après avoir vu le film.

"Je suis très curieux de ce que les gens vont interpréter de la scène des yeux. Mon intention, c'était de montrer que les créatures sont plus humaines que les humains qui ont arraché les yeux de leurs enfants. On a essayé de rendre ça un peu plus subtil, pas trop militant. On peut imaginer que les deux survivent, mais il y a ceux qui sont contre, qui résistent au changement, au prix de devenir aveugle, avec tout ce que symbolisent les enfants. Et puis il y a ceux qui décident de changer, de renaître, de se transformer. Au départ je suis assez manichéen là-dedans, moi je suis pour les monstres, je suis pour la mutation, la métamorphose. Ce qui est drôle, c'est qu'il y a eu le film Bird Box qui est sorti pendant la préparation d'Else, qui a eu un succès terrible sur Netflix. C'est un peu rentré dans la culture ce concept. Sauf que ce qui est très différent dans Bird Box, c'est que ce sont les aveugles qui survivent, qui doivent apprendre à vivre dans un monde où on ne voit pas."

Else interview de Thibault Emin
UFO Distribution

En plus des films qui l'ont marqué, Thibault Emin décrypte la fabrication de son film, s'arrêtant notamment sur ses effets spéciaux.

"On a fait storyboarder les scènes où il y avait des effets numériques lourds, mais celles avec du maquillage, non. Je l'ai un peu regretté. On avait tellement peu de moyens qu'on aurait dû. J'avais pas envie parce que je pense qu'on fait plus de trouvailles quand il y a des effets de plateau. J'avais énormément fait comme ça avec mes courts-métrages. Passer du temps avec les maquilleurs, à préparer, à essayer... C'est comme ça qu'on trouve des choses supérieures à ce qu'on avait en tête. Malheureusement, voilà, on a été tellement limités partout... j'aurais dû storyboarder certaines choses. Heureusement, il y a eu beaucoup de corrections numériques qui ont sauvé le film, qui ont sauvé un nombre de plans incalculables. Si l'on peut accrocher et y croire, pour moi, c'est grâce au surplus de travail de la boîte de VFX, qui a fait beaucoup plus que prévu, qui a misé sur le film en arrivant en post-production, qui ont corrigé plein de choses.

Au départ, c'était une volonté d'avoir des effets de plateau, de faire tout en maquillage, parce que c'est un film sur les matières. Moi, j'ai pas d'opinion de principe là-dessus, je ne suis pas le genre de créateur à dire 'le numérique c'est nul', pas du tout. Je pense que le cinéma c'est de la technique, et que la technique est toujours intéressante. Il y a toujours des choses fascinantes dans tout ce qui est nouveau. L'IA comme le reste. Mais c'est sûr que l'identité du film se trouvait plus a priori dans des effets de maquillage. On aurait dû tourner en pellicule aussi dans l'absolu, mais c'est plus compliqué, plus cher... Enfin, c'est pas plus mal qu'on ait dû s'adapter pour plein de raisons. Finalement, ça donne des choses peut-être plus originales. Y compris dans les effets spéciaux : si on avait tout fait avec des maquilleurs à l'ancienne, ça aurait pu évoquer tel ou tel film qu'on connaît par cœur. L'obligation de s'adapter et l 'imbrication entre les différents métiers, ça collait bien à notre thématique, non ? (sourire). C'est vrai qu'il y a de la fusion dans ces métiers-là très forte. même si c'est l'un après l'autre en terme de travail chronologique, il existe une vraie fusion entre les corps de métiers, entre les maquilleurs, les décorateurs et l'accessoiriste, puis les créateurs des effets numériques. J'ai été très heureux le jour où j'ai vu que l'étalonneur du film, qui a bossé sur The Substance, et plein de films avec des gros budgets, ne savait pas exactement parfois comment un plan était fait. Je me suis dit : 'Ah, si lui, avec son oeil, il hésite, s'il ne sait pas précisément si c'est du numérique ou du pratique, c'est qu'on a quand même réussi quelque chose.'"

"Sur l'IA, ça me donne l'impression que je suis arrivé trop tôt, qu'on aurait dû faire le film un an plus tard, reconnait Emin. Il y a un graphiste qui a utilisé de l'IA pour des images fixes, les premiers problèmes de peau qu'on voit très rapidement dans le film. Et je le regrette déjà un peu, parce que ça se reconnaît tout de suite. Par contre, les séquences de début et de fin du film, qui sont vraiment en images de synthèse et qui sont plus importantes, n'ont pas du tout été faites en IA. Mais ce qui est drôle, c'est que beaucoup de gens pensent que ça l'est et ça déclenche des choses fortes. En Amérique du Nord, les réactions sont très violentes face à ça, et ça m'a beaucoup surpris. On va y arriver aussi, mais là-bas, ils ont déjà des gros problème dans l'industrie, des personnes sont mises au chômage à cause de l'IA, notamment dans le monde des effets spéciaux. Et donc il y a beaucoup de gens qui détestent le film à cause de ça, parce qu'ils pensent que c'est l'IA. Alors que c'est fabriqué par des gens qui font des fractales et surtout ce sont des images qui existaient avant le monde de l'IA.

Personnellement, je crois beaucoup au niveau créatif à ce que peut faire l'IA, je vois des jeux étonnants... Cette critique me frustre énormément parce que je me dis que si on avait décidé d'aller dans cette direction, ça aurait pu donner des images folles pour le film. Cet effet de fondre des gens dans les décors, on l'a cherché avec un ami graphiste pour quelques images, et je me souviens qu'il n'obtenait pas exactement les images qu'on voulait, il essayait plein de choses. Ca balbutiait encore, quoi."

Else interview de Thibault Emin
UFO Distribution

"J'avais peur qu'Else ne marche pas totalement parce que... Je pense que c'était quand même plus fort à l'écriture, conclut-il à propos de ce premier long métrage, qu'il a longtemps imaginé avant de pouvoir enfin le réaliser. C'est tellement frustrant pour moi, et je continue d'hésiter à écrire des bouquins ou à faire des films, parce que je me rends compte que ce qui m'intéresse c'est la suggestion, et tout ce qui relève du ressenti. Lynch arrivait à faire ressentir ça avec ses films mais c'est si compliqué ! Dans mes scénarios, j'écris toujours des 'On dirait que', 'On a l'impression que', 'C'est comme si'... Normalement, on ne voit pas ça dans un script. Faire un film au contraire, c'est être incroyablement précis, arrêter tous les détails. J'ai eu l'impression que le scénario faisait plus peur que le résultat final. Que les premier lecteurs me parlaient de cette sensation d'étouffement, que la menace peut venir de partout... Est-ce qu'on retrouve autant tout ça dans le film ? Je ne suis pas David Lynch, et le budget était bas, et c'est aussi une question de maîtrise des outils... Je crois qu'au fond, il y a des choses qui sont impossibles à faire au cinéma, qui sont plus simples à faire comprendre avec des mots."

The Substance : un sommet de body-horror jusqu'au-boutiste [critique]