Le créatif d’un côté, le financier de l’autre : James Gunn et le producteur Peter Safran font table rase du passé en lançant un nouvel univers partagé DC Comics, qui démarrera réellement le 9 juillet prochain avec Superman. Mais comment relancer la machine en si peu de temps ? Les têtes pensantes de DC Studios nous disent tout sur leur philosophie et leur inédite autonomie.
NE PLUS RENDRE DE COMPTES
Peter Safran : « Normalement, en tant que producteur de films de superhéros, tu passes ton temps à demander au studio l’autorisation d’utiliser tel ou tel personnage. Tu ne contrôles pas le récit global. Quand je travaillais sur Aquaman, Shazam ou The Suicide Squad, je pouvais faire à peu près ce que je voulais sur chaque film, mais il m’était impossible de créer une cohérence entre eux car ce n’était pas de mon ressort. Si on a accepté la direction de DC Studios avec James, c’est parce qu’on pouvait enfin tout aligner – les films, les séries live ou d’animation, les jeux vidéo… – sur notre vision créative. Construire tout en repartant de zéro. »
James Gunn : « Peter prend beaucoup de coups pour moi, et il assiste à un bon nombre de longues réunions. Il doit notamment rencontrer des nouveaux talents et gérer l’aspect financier des choses. De mon côté, c’est toujours la créativité qui prime. »
PS : « Nous sommes désormais les architectes de l’ensemble de la marque Warner Bros. Discovery, et toute l’entreprise travaille main dans la main avec nous. C’est un luxe incroyable et inédit ! Avant, c’était extrêmement cloisonné, chaque division gérait son pré carré et il n’y avait aucune interaction. Le fait que tout passe désormais par nous va, je l’espère, nous permettre de nouer une relation plus satisfaisante avec le public. »
MISER AVANT TOUT SUR LE SCÉNARIO
JG : « La qualité doit primer, c’est plus important que de raconter une grande histoire étalée sur plusieurs films et séries. Tout doit commencer par le scénario : je ne donne pas de feu vert avant d’avoir un script vraiment excellent. Ce qui veut dire qu’on ne sortira pas tout ce qui nous passe par la tête : Warners Bros. trouve certains films parfaits en l’état, mais ils ne verront pas le jour tant que je n’aurai pas donné ma bénédiction au scénario. C’est pour cela que certains projets validés en interne par Warner ne sont pas annoncés : je ne veux pas que les gens en entendent parler car ils n’existeront peut-être jamais. »
PS : « On souhaite également que le public puisse aller voir chaque film indépendamment. Donc nous allons penser les choses de manière à ce que chacun puisse entrer dans l’histoire de The Brave and the Bold (futur film avec Batman et Robin) sans avoir vu Superman ou Supergirl. Ce qui ne doit pas nous empêcher de récompenser pour leur fidélité les fans les plus hardcore, en leur offrant des éléments qu’eux seuls comprendront. Mais il ne faut pas que cela se fasse au détriment du spectateur occasionnel. »
RESTER FLEXIBLES
JG : « Je refuse de sacrifier le présent pour l’avenir. Tout tournera toujours autour de l’histoire de chaque film et pas en ayant déjà en tête celui qui suivra. C’est fondamental. Nous avons un plan de base autour de ce qui se déroulera dans cet univers, mais si quelque chose ne fonctionne pas, alors on n’hésitera pas à changer notre fusil d’épaule. Plusieurs films et séries nous ont déjà pris par surprise durant leur développement. »
PS : « Disons que nous avons un plan général sur environ sept à dix ans. Il est cependant mouvant, car on sait bien que tous les scripts qui nous parviendront ne seront pas forcément à la hauteur de nos attentes. Pour Lanterns, on voulait une vraie histoire policière avec Hal Jordan et John Stewart. Pas un space opera mais quelque chose de très ancré dans la réalité. Et on savait que le meilleur format était celui de la série, parce qu’il s’agissait d’approfondir ces personnages sur le long terme. Désormais, on est en capacité de discuter entre nous et de se dire qu’on veut faire un film de guerre dans la veine d’À l'ouest, rien de nouveau, et de s’inspirer du personnage de Sergent Rock pour se questionner à travers lui sur l’héroïsme et sa signification [NDLR : il évoque ici le long-métrage que Luca Guadagnino devait réaliser et qui a été mis en pause, voire annulé].
Par ailleurs, dans nos têtes, Supergirl n’était pas forcément le deuxième film de cet univers, mais le script était tellement génial et différent de Superman qu’il fallait lui laisser la priorité. Déjà, l’action ne se déroule pas sur la Terre, c’est une histoire de vengeance dans l’espace. : le personnage de Kara a passé les quatorze premières années de sa vie à voir sa planète mourir, elle n’a donc pas la bonté ou l’humanité que Clark a acquise en grandissant dans une famille aimante. La flexibilité est donc déjà de mise, mais on sait où va la grande histoire, on connaît la destination. C’est la manière d’y arriver qui reste ouverte. »
RESPECTER LA COHÉRENCE DE L’UNIVERS DC
JG : « Il y a un fil rouge entre les films, mais je crois que nous devons rester simples, et l’expliquer au public au fur et à mesure. Dans Les Gardiens de la galaxie 3, Chris Pratt résume l’intégralité de l’intrigue d’Avengers : Infinity War et d’Endgame le temps d’une scène dans un ascenseur. C’est typiquement ce qui fait que tu n’as donc jamais besoin de voir un autre film du MCU pour comprendre les miens. C’est la même chose ici. Mais en même temps, je m’inspire aussi beaucoup de Star Wars ou de Game of Thrones, des franchises qui racontent des histoires très différentes situées dans le même univers. »
PS : « On veut minimiser la confusion, qui était très présente auparavant. L’un des problèmes rencontrés par Marvel était qu’il fallait avoir vu dix films et douze séries pour vraiment comprendre ce qui se passait dans cet univers. Ce n’est pas ce qu’on vise. On ne veut surtout pas obliger le public à “faire ses devoirs”. »
JG : « Et le DCU n’est pas le MCU. Le MCU se rapproche du monde réel, avec des superhéros. Le DCU est un univers différent, légèrement en décalage, avec des villes fictives comme Gotham City ou Metropolis. Tout ça peuple un monde avec lequel nous sommes très minutieux. Mais les histoires peuvent partir dans beaucoup de directions différentes. L’idée est de laisser s’exprimer des personnalités artistiques variées, tout en s’assurant ensemble de la cohérence de cet univers. »
Superman, de James Gunn, avec David Corenswet, Rachel Brosnahan, Nicholas Hoult… Le 9 juillet au cinéma.







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