Toutes les critiques de Simon de la Montana

Les critiques de Première

  1. Première

    À l’issue de la magnifique et déroutante séquence d’ouverture de Simón de la montaña, il est impossible de prédire dans quelle direction le film va se diriger. Cet agréable sentiment d’indécision qui nous cueille immédiatement, ne nous quittera plus : à quel spectacle assiste-t-on ? Ce jeune homme de 21 ans, est-il lui aussi handicapé ou fait-il semblant ? Si oui, pour quelle raison ? Pour toucher une allocation ? Pour profiter sexuellement des filles de ce groupe ? A moins qu’on ait tendance à voir le mal partout, et que Simon, sincèrement, se sente tout simplement mieux aux côtés de cette classe de jeunes handicapés ? Toutes ces questions mettent mal à l’aise, et amplifient la portée du non-dit du film : on ne saura jamais pourquoi Simon agit ainsi mais on le verra s’épanouir auprès de personnes vulnérables, que la société cherche pourtant à mieux inclure… Que faire !?

    Le réalisateur donne une matière en or à son acteur principal (Lorenzo Ferro), qui gagne sur les deux tableaux en jouant simultanément un jeune homme (Simon) et un usurpateur usant de mimétisme pour se faire passer pour un handicapé. Cela donne un grand nombre de séquences mémorables, à la piscine, en entretien ou avec une fille, et toutes participent à repenser ce que l’on entend par « altérité ». Si vouloir inclure l’autre, c’est déjà l’être un peu ; où se situe la différence ? En cela, Simon est un personnage profondément subversif, et qui fonce dans cette impasse pour en révéler ses profondes et désagréables contradictions. Pourquoi n’aurait-il pas le droit, lui aussi, d’être handicapé ?

    Nicolas Moreno