Première
par Lucie Chiquer
Dès les premières minutes du film, les profondeurs marines engloutissent l’image. Si Tout va bien nous plonge dans le grand bain sans détour, c’est sans aucun doute car l’eau marque la première étape de l’immigration. Mais la dangereuse traversée en mer vécue par ces mineurs livrés à eux-mêmes, que l’ex-journaliste Thomas Ellis prend pour sujet, ne sera jamais évoquée frontalement. Seulement par vagues, grâce à un travail du son étourdissant qui en fait un traumatisme de fond. Non, le sujet principal est ailleurs : dans ce documentaire pensé comme une véritable fiction, les cinq adolescents filmés feignent l’ignorance face au dispositif dans lequel le réalisateur les entraîne avec précaution, tandis qu’ils tentent de se construire une vie à Marseille. Évoquer la crise migratoire avec humanité, peu y arrivent. Pourtant, ici, l’humilité du geste artistique de Thomas Ellis vous fera retenir leurs prénoms : Aminata a fui la Guinée, Khalil est originaire d’Algérie et Junior, à l’image de la fratrie Abdoulaye-Tidiane, vient de Côte d’Ivoire. De leur arrivée à leur mise à l’abri, jusqu’à leur intégration dans la société, tous se trouvent à une étape différente mais charnière de ce sinueux parcours. Bien qu’ils ne se rencontrent jamais, ils font preuve de la même détermination face à la barrière de la langue, aux délais administratifs, aux jugements extérieurs ainsi qu’à leurs propres pensées parasites. Jusqu’au jour où ils parviennent, enfin, à sortir la tête de l’eau.