Toutes les critiques de Tu ne mentiras point

Les critiques de Première

  1. Première
    par Thomas Baurez

    Depuis au moins Oppenheimer (2023), on sait le visage de Cillian Murphy capable d’être le territoire d’un film à lui tout seul. Un territoire sur lequel viendrait se projeter des angoisses déchainées, des désirs refrénés, des pulsions malmenées… Et pleins d’autres choses encore, la retenue de l’irlandais prêchant pour un champ des possibles assez large. Le belge Tim Mielants lui n’a pas attendu la fresque atomique de Nolan pour s’en rendre compte. Il a intégralement réalisé la troisième saison de Peaky Blinders (2016) Le voici quasi seul à seul avec sa muse dans ce Tu ne mentiras point (titre français passe-partout) Murphy est Bill le patron d’une modeste entreprise de charbon. Nous sommes dans la campagne irlandaise du mitan des années 80. Le ciel est sale comme les mains de Bill qu’ils essuient chaque soir avant de rejoindre la table familiale. Un sas de (dé-)compression autant qu’un rituel où l’homme face à la glace regarde ses démons bien en face. Voilà pour le territoire dont on se demande qui va bien pouvoir rentrer dedans tant la place semble prise par tout un tas de névroses. Sa femme tente cycliquement un : « T’es sûr que ça va ? » et se contente d’un silence de plomb en guise de réponse. Le problème de Tim Mielants et donc du film en son entier, tient paradoxalement à la force de son acteur principal qui refuse de s’allumer pour rien. On se dit que le couvent flippant du voisinage va tout faire fissurer.  Même pas. Il faut attendre un face à face à la Rembrandt avec la grande Emily Watson pour qu’une émotion surgisse enfin du cadre.