Michael Mann prix lumière
ABACA

Le Festival Lumière a sacré Michael Mann, maître du polar urbain et des nuits électriques. Entre standing ovation et discours inspirés, Lyon a vécu une soirée à la fois classe et cocasse.

Vendredi soir à Lyon, s'est donc tenue la grande messe du cinéma classique version Rhône-Alpes : le 17ᵉ Prix Lumière a été remis à Michael Mann, dans un Amphithéâtre 3000 plein à craquer. La classe américaine. La soirée comme souvent dans ce festival, fut à la fois chic, studieuse et un peu rock’n’roll. Le cinéaste de Heat a reçu son trophée, le maire de Lyon s’est fait un peu siffler, et Jean-Michel Aulas (que certains imaginent déjà comme prochain maire) a remporté l’applaudimètre.

Tout ça dans la même soirée. C'est ça Lumière. 

Chaque année, le Festival transforme  donc Lyon en capitale mondiale du cinéma classique. Et comme ce 17 octobre, la ville fêtait aussi les 130 ans du Cinématographe Lumière, Thierry Frémaux ne pouvait pas louper ça. C’est même par là que tout a commencé. Une boucle vidéo a permis aux spectateurs de découvrir trois versions restaurées de La sortie de l’usine Lumière. Et le taulier de lancer la soirée par un : “Le cinéma a de l’avenir, nous en sommes convaincus. Nous repartons pour 130 nouvelles années”. 

Le ton était donc donné : du patrimoine, des émotions, et surtout du beau linge. Dans le public on pouvait apercevoir : Isabelle Huppert, John Woo, Emmanuelle Devos, Alice Diop, Jérémie Renier, Sandrine Kiberlain, Marina Foïs… un casting digne d’un générique d’ouverture à Cannes, mais version cocon lyonnais.

La Masterclass de Michael Mann au Festival Lumière

Mais avant de parler cinéma, Lyon s’est rappelée qu’elle est aussi une ville politique. L’entrée du maire écologiste Grégory Doucet a déclenché quelques huées, vite suivie d’applaudissements polis. L’ambiance s’est franchement détendue quand Jean-Michel Aulas, ex-président de l’OL et figure locale adorée, est apparu quelques minutes plus tard : standing ovation spontanée, sourire du vainqueur. On n’était pas à Gerland, mais ça y ressemblait quand même un peu. Lumière est toujours bon pour mélanger passion du cinéma et folklore lyonnais.

Mais place au vrai héros de la soirée : Michael Mann, invité d’honneur et nouveau lauréat du Prix Lumière. “L’idée de le récompenser courait depuis longtemps”, a expliqué Frémaux. “C’est un cinéaste du contemporain, un grand créateur de formes. Il n’a pas été beaucoup récompensé à Hollywood, mais il reste une influence majeure.

C'est Isabelle Huppert, lauréate 2024, qui lui a remis la distinction. “Votre cinéma nous habite”, disait-elle. “Il capte les silences, la ville, la nuit, les visages comme personne.” Et Irène Jacob, présidente de l’Institut Lumière, parle d’un “cinéma du lyrisme et de la liberté”, celui des héros solitaires et obsédés par l’intégrité.

La salle approuve : ce soir, Mann était roi.

De fait à Hollywood, Mann est un cas à part. Unique même. Pour lui, le cinéma est une expérience sensorielle. Chaque plan semble calibré au millimètre, chaque reflet de néon raconte quelque chose. C’est un styliste pur, un maniaque du cadre obsédé par la vitesse, la précision et la modernité. Ses films - de Heat à Collatéral en passant par Miami Vice ou Révélation - transforment la ville en personnage, la nuit en décor mental, le bruit des armes ou le ronron d’un moteur en partition musicale. On parle souvent d’un cinéma froid et technique, mais derrière l’acier se cache un romantique : ses hommes sont seuls, fragiles, prisonniers de leur métier ou de leur idéal, et ce sont souvent les femmes qui fissurent leur carapace.

C’est ce mélange de maîtrise et de vertige qui rend ses films hypnotiques. Et qui était célébré à Lyon. 

Michael Mann
DR

L’Américain est donc monté sur scène, visiblement très ému. “Je comprends maintenant pourquoi tant de cinéastes ont le souffle coupé ici”, débuta-t-il. Il a ensuite évoqué son parcours, ses débuts, et surtout cette fameuse projection du Faust de Murnau, en 1963, qui lui a donné envie de devenir réalisateur. “Je me bats pour rester à la frontière de ce qui est et de ce qui pourrait être. C’est là que se trouve le meilleur endroit pour exister.

Traduction libre : à 81 ans, Michael Mann reste obsédé par la mise en scène, la tension et le rythme. Et il ne compte pas s’arrêter.

Entre deux discours, comme c’est la tradition ici, le maître des lieux avait prévu un peu de musique. Camélia Jordana, habituée des lieux, a pris le micro le temps de deux respirations musicales : Parce que de Charles Aznavour, puis We Shall Overcome chanté a cappella, en hommage à Michael et Summer Mann.

Pendant quelques heures, Lyon s’est donc transformée en Hollywood-sur-Saone. Des stars, des discours, des larmes. Le Festival Lumière a encore réussi son coup : faire du patrimoine un show maousse, avec juste ce qu’il faut de panache et de populaire. Michael Mann, lui, repart avec son trophée et la promesse de “chérir à jamais cette soirée”.