« Un vrai défi de cinéma » : Jean Dujardin et Jan Kounen nous racontent L’Homme qui rétrécit [exclu]
Première/Christophe Brachet

L’acteur et le réalisateur présentent leur remake du film culte, en couverture du nouveau numéro de Première.

20 ans après 99 Francs, Jean Dujardin et Jan Kouven se sont retrouvés pour remette au goût du jour L’Homme qui rétrécit, film fantastique réalisé en 1957 par Jack Arnold. Un monument de la série B, que le duo a transformé en blockbuster français (au cinéma le 22 octobre), objet suffisamment rare pour qu’on s’y intéresse de près. 

Star du film (il est seul à l’écran pendant les trois quarts du récit), Jean Dujardin est aussi l’initiateur et le producteur de ce remake dont il a proposé la mise en scène à son vieux compère Jan Kounen : "Il n’y a pas dix mille réalisateurs en France capables de tourner un film pareil", nous confie l’acteur. Extraits de l’interview à retrouver en intégralité dans le nouveau Première, actuellement en kiosque.

PREMIERE : Jean, vous êtes quand même à l’origine du projet. Pouvez-vous nous expliquer d’où est venue l’envie d’adapter en France un classique de la série B hollywoodienne des années 50 ?

JD : Un jour, je suis tombé à la Fnac sur le DVD de L’homme qui rétrécit – la jaquette est magnifique. Je me le suis pris et le soir même, je l’ai regardé. Trois fois d’affilée. Et je me suis projeté immédiatement dans l’idée d’un remake. À un moment, j’ai un peu voulu provoquer Alain Goldman. « Ça serait génial de refaire L’homme qui rétrécit en 2025, non ? » L’allégorie sur la vie, sur la mort, sur le temps qui passe, sur la maladie, la déchéance, la réduction du corps : ce sont des motifs qui ne vieillissent pas. Et à certains moments, étrangement, il suffit de dire les trucs pour qu’ils se fassent. C’est exactement ce qui s’est passé.

Quand vous disiez qu’il n’y avait pas dix mille personnes capables de réaliser ce film, vous aviez pensé immédiatement à Jan ?

JD : Je sais, au moins depuis 99 F, que Jan peut prendre du plaisir dans des endroits qui effraient les autres… Il aime les défis techniques, technologiques, visuels. Par ailleurs, il n’y a pas beaucoup de metteurs en scène qui ont véritablement des visions. Et ce projet nécessitait d’en avoir.

L'homme qui rétrécit
Universal Pictures

Jan, quand Jean vous propose ce projet, quelle est votre réaction ?

JAN KOUNEN : J’avais vu le film de Jack Arnold lorsque j’étais gamin. Au Cinéma de minuit ou à La Dernière Séance, je ne sais plus trop, et il m’avait profondément marqué. Je devais avoir 11 ans. Je n’ai jamais oublié ce film, mais je ne l’ai jamais revu non plus. L’idée d’en faire une nouvelle version était d’autant plus excitante que le film original est aussi une adaptation d’un roman signé Richard Matheson. On est donc allé puiser dans les deux œuvres. Par ailleurs, cette proposition représentait un vrai défi de cinéma. Pour chaque nouveau projet, j’ai besoin de trouver une idée forte de mise en scène : la façon, le point de vue, le regard avec lesquels je vais raccorder avec l’intrigue. Là, ce que j’ai proposé, c’est de ne pas faire « L’homme qui rétrécit », mais plutôt « L’homme qui vit dans un monde qui chaque jour s’agrandit ».

Qu’est-ce que ça impliquait ?

JK : Que la caméra reste toujours du point de vue du personnage de Jean. Elle réduit avec lui. Quand il est grand comme ce verre posé devant nous, on fait comme si l’équipe restait à sa taille. On ne change pas d’échelle. On voit un petit homme, mais comme on verrait un cavalier dans un western perdu dans un canyon : il est petit parce que le monde est immense. Tout est vu de sa perspective. C’était ça l’idée principale.

Et cette approche vous a séduit­ immédiatement, Jean ?

JD : Oui, parce qu’il y avait un côté un peu expérimental. Je me suis dit : nous sommes dans un laboratoire et ils vont faire de moi ce qu’ils veulent. J’étais très en confiance avec Jan. Si c’est un laboratoire, alors tout peut exploser, mais ça vaut le coup d’essayer. Il y avait une part d’inconscience qui était grisante.

Propos recueillis par Gaël Golhen et François Grelet