| 2 | Histoires de la bonne vallée Difficile d’imaginer que le quartier de Vallbona dépend de Barcelone : encerclée par une autoroute, un fleuve et des voies ferrées, cette enclave s’apparente à un village hors du temps. Dans ce documentaire, José Luis Guerín part à la rencontre de ses riverains, au rythme des baignades, des chants catalans, et des rumeurs qui courent plus vite que les enfants. Mais à trop vouloir flâner, il peine à faire sens de ces témoignages interminables et ne parvient qu’à une chose : dépouiller ce lieu singulier de toute sa vitalité. |
Lucie Chiquer |
| 3 | Heidi et le lynx des montagnes Toujours pieds nus, à gambader dans les alpages suisses ou à épuiser son vieux grand-père : le personnage d’Heidi continue de réjouir. Si les looks sont quasi-identiques à celui de l’animé japonais, l’animation s’en éloigne pour jeter son dévolu sur la 3D. La petite fille des montagnes y perd un peu de son charme, mais en ressort plus militante que jamais : ses hobbies se résument à sauver la faune (une famille de lynx) et protéger la flore (contre un entrepreneur véreux), pour un résultat assez amusant. |
Lucie Chiquer |
| 3 | Le Chant des forêts Bien que Césarisé en 2022, Première avait peu goûté le précédent documentaire de Vincent Munier (co- signé avec Marie Amiguet), Le Panthère des neiges où, dans cette déclinaison cinéma de son Prix Renaudot, l’incapacité de Sylvain Tesson à s’effacer derrière la beauté des images créait comme un mur impossible à franchir. Tout le contraire de ce qui est ici à l’œuvre dans sa première réalisation solo. |
Thierry Chèze |
| 2 | L'amour qu'il nous reste Une image au carré et granuleuse comme un film de famille dont la pellicule aurait saisi des instants beaux et joyeux. Chacun et chacune jouent la partition d’une vie où les accidents ne sont que domestiques. Aux alentours, il y a la nature, la mer, le vent, les herbes folles... Or quelque chose est en train de se faner, tout doucement, mais ça, l’image docile du souvenir partagé en Super 8 ne saurait la saisir. La surface se fissure pourtant. A mesure que l’on plante des flèches dans la cuirasse du chevalier qui sert d’épouvantail, les blessures secrètes ne le sont plus vraiment. |
Thomas Baurez |
| 2 | L'Âme idéale Sept ans après son César du court pour Les Bigorneaux, Alice Vial passe au format long en ambitionnant de faire rimer romantisme et fantastique. Son héroïne, qui travaille au sein d’un service palliatif, a renoncé à toute vie amoureuse, minée par un secret qu’elle ne peut partager au quotidien avec personne : sa capacité à voir et parler aux morts. Jusqu’au jour où elle rencontre Oscar, aussi drôle que charmant, qui l’incite à fendre l’armure . Avant qu’elle découvre… qu’il vient de mourir dans un accident ! |
Thierry Chèze |
| 4 | Rebuilding Comment (se) reconstruire quand tout a brûlé ? C’est la question que posent deux films en apesanteur qui sortent ce mois-ci et se répondent malgré des genres et des époques différentes - Train Dreams sur Netflix et ce Rebuilding. Dans un coin du Colorado dévasté par un incendie, un homme tente de rebâtir ce qu’il a perdu - sa maison, son passé - et, pourquoi pas, de redonner un sens à sa vie. C’est le point de départ de cette chronique d’après-désastre. |
Gael Golhen |
|
L'Agent secret En 1977, pendant le carnaval de Recife. Armando, un ancien prof en cavale, se réfugie aux côtés d’autres militants traqués dans une pension tenue par Dona Sebastiana. Autour d’eux, la ville se décompose dans un chaos d’ivresse et de corruption : une jambe humaine retrouvée dans un requin affole les journaux, pendant que la police locale fait disparaître ses crimes sous les flonflons du carnaval. Armando, lui, prépare sa fuite, tente de sauver quelques papiers, quelques bribes de mémoire. |
Gael Golhen |
|
A la poursuite du Père Noël ! Furieuse que le Père Noël (incarné par Patrick Timsit) ne lui ait pas livré le cadeau qu’elle voulait - une sarbacane à air comprimé pour détruire le jouet préféré du garçon qui la harcèle à l’école, le fils de la très snob famille propriétaire de la biscuiterie qui fait vivre la ville ! – la petite Zoé décide de partir le trouver pour qu’il répare son erreur, quoi qu’il en coûte ! |
Thierry Chèze |
|
Resurrection Après Un grand voyage vers la nuit en 2018, on se demandait quel type d'artiste était au juste Bi Gan : un nouveau prophète ou son parfait contretype, un auteur qui n’aurait pas grand-chose à dire avec sa caméra-stylo et nous enfumerait sous une couche virtuosité factice ? Ce Résurrection a le mérite de lever une partie du voile. Si la première partie place sa mise en scène au service d’un amour viscéral et sincère pour le cinéma des origines, une fois la boîte de Pandore (ici une valise !) ouverte la magie s’évapore immédiatement. |
Thomas Baurez |
| 1 | La Petite cuisine de Mehdi Mehdi (Younès Boucif) travaille comme chef au restaurant le Baratin – un nom qui lui va bien. Tenant depuis toujours le rôle du « fils algérien parfait » auprès de sa maman très traditionnaliste, il lui a caché son amour pour la gastronomie française et pour Léa (Clara Bretheau). |
Frédéric Foubert |
| 3 | Louise Nicolas Keitel raconte que Louise est née d’une image qui le hante : deux gamines recroquevillées dans un escalier qui entendent leur mère se faire battre par son conjoint. Soit le point de départ de ce premier long et de la fuite d’une des deux sœurs du domicile familial pour entamer une nouvelle vie sous une autre identité. Avant que, 15 ans après, elle retrouve la trace de sa mère et de sa sœur, réussisse à entrer en contact avec elles sans dire qui elle est et finisse par se demander si et quand elle doit leur révéler qui elle est. |
Thierry Chèze |
| 2 | Lady Nazca Enseignante en mathématiques durant l'entre-deux-guerres, l’allemande Maria Reiche peine à faire corps avec le rythme effréné de la ville de Lima, au Pérou. Sa rencontre fortuite avec l’archéologue Paul d’Harcourt lui offre une porte de sortie, direction le calme désertique de la province de Nazca. Tandis que le personnage de Paul a été partiellement inventé, celui de Maria a bel et bien existé : Damien Dorsaz fantasme ici la vie de la Dame de Nazca, petit bout de femme qui a consacré sa vie à l’étude des géoglyphes pré-inca. |
Lucie Chiquer |
| 2 | Girls for tomorrow En 2015, la documentariste française Nora Philippe débarque à New York avec un bébé sous le bras, rencontre au Barnard College quatre étudiantes, et leur promet de les filmer jusqu’en 2045. Dix ans après le début de l’entreprise, le résultat peine à convaincre : trop de parcours à raconter, trop d’événements historiques à synthétiser. Comment parler de toutes ces choses importantes dont la somme fait la vie, sans les réduire à de tristes lapalissades ? Il reste encore vingt ans à la réalisatrice pour trouver la réponse. Nicolas Moreno |
|
|
La Condition Changement de registre pour Jérôme Bonnell (Le Temps de l’aventure) avec cette adaptation d’Amours de Léonor de Rocondo. Lui qui a su si bien explorer la passion amoureuse met ici en scène la dérive des non- sentiments à travers un mariage arrangé dans la France de 1908. Celui qui unit, dans un petit village de province, André, notaire hautain, et Victoire, vite à l’étroit dans le rôle de l’épouse modèle. |
Thierry Chèze |
|
Animal totem Un an après Gustave Kervern (et son magnifique Je ne me laisserai plus faire sur Arte), voici à son tour Benoît Délépine seul maître à bord de cet Animal Totem où on a le plaisir de retrouver ce qui fait le sel et le piment de leurs œuvres en duo, cette manière d’entremêler humour, poésie et politique au fil de récits sortant des sentiers battus. En l’occurrence ici un road movie – leur genre emblématique, d’Aaltra à Saint- Amour – dans les pas d’un personnage mystérieux qui débarque à l’aéroport de Beauvais, avec une simple valise à roulettes. |
Thierry Chèze |
| 4 | Elle entend pas la moto C’est vers 2000 que Dominique Fischbach qui travaillait pour Striptease a fait la connaissance de Manon, alors âgée de 11 ans. Elle cherchait une famille pour parler du handicap du point de vue d’une fratrie et va donc filmer celle de Manon dont des deux des trois enfants sont sourds. La réalisatrice a pour Manon un coup de foudre et viendra dès lors à intervalles réguliers la filmer entourée des siens, donnant naissance sur le petit écran à Petite sœur (2003), Grande sœur (2010) et Manon maman (2022). |
Thierry Chèze |
|
Love me tender En 2020, Constance Debré a publié Love me Tender, un livre à la force brute et rageuse où elle racontait sans fard son combat pour récupérer la garde de son fils. Cette garde que son ex- mari avait fait supprimer quand elle lui avait révélé qu’elle vivait désormais des histoires d’amour avec des femmes, ce qu’il avait vécu comme une humiliation. Révélée en 2021 par le très sensuel De l’or pour les chiens, Anna Cazenave Cambet s’empare de ce récit intime tout en conservant toute la puissance émotionnelle qui vous tord le ventre devant l’injustice vécue par cette femme. |
Thierry Chèze |
|
Fuori Mario Martone (Nostalgia) s’essaie à un portrait de femme. Et pas n’importe quelle femme ! Goliarda Sapienza, une écrivaine, originaire d’une famille de socialistes anarchistes siciliens, émancipée de tous les dogmes, partageant sa vie sentimentale entre hommes et femmes et morte en 1996 sans avoir vu publier son chef d’œuvre, L’Art de la joie. Fuori se concentre sur un des épisodes de son existence mouvementé. |
Thierry Chèze |
|
Teresa Deux écueils sont à éviter lorsqu’on réalise un biopic : ne pas s’obliger à l’exhaustivité, ni à tout faire tourner autour d’un même sujet. Teresa évite le premier en se limitant à sept jours décisifs dans la vie de Mère Teresa, mais se fourvoie dans le second. Le film se déroule en 1948 à Calcutta, au moment où elle attend l’autorisation de fonder sa propre congrégation. Pourtant, ce que l’on voit principalement à l’écran, c’est Noomi Rapace plus que Mère Teresa. |
|
| 2 | Reedland C’est un premier long-métrage néerlandais, sélectionné à la dernière Semaine de la Critique, à Cannes. Le pitch – un fermier solitaire découvre le cadavre d’une jeune fille sur ses terres et tente de faire la lumière sur le drame – est celui d’un polar nordique archétypal. |
Frédéric Foubert |
| 3 | The Shadow's edge Que reste-t-il du cinéma d’action hong-kongais, lui qui participa à faire de la péninsule l’un des épicentres du cinéma international à partir des années 1970 ? D’abord, des stars : Jackie Chan et Tony Leung, stars du box-office d’hier qui convertissent avec un tout petit peu d’élégance la nostalgie de leur image passée en une intrigue actuelle (des braqueurs échappent à la police, notamment grâce à leur maline utilisation de l’intelligence artificielle). |
|
| 3 | Que ma volonté soit faite Après un premier long un peu oublié (Crache cœur, 2016), c’est avec son moyen métrage au titre programmatique J’ai vu le visage du diable (Prix Jean Vigo 2023) que Julia Kowalski a réellement surgi. Ce film était en réalité un (beau) croquis préparatoire pour ce Que ma volonté soit faite. Dans une campagne française ultra-boueuse, une jeune fille possédée voit revenir sa troublante et sauvage voisine qui forcément l’intrigue. Ici-bas, la pulsion bestiale des hommes est une fatalité, au mieux un motif qui par contraste pourra engendrer une émancipation. |
Thomas Baurez |
| 2 | Cabo negro Abdellah Taïa, 52 ans, est un écrivain et cinéaste marocain dont l’œuvre en grande partie autobiographique questionne son rapport à son identité intime (Taïa revendique haut et fort son homosexualité) et à la façon dont celle-ci peut s’épanouir dans son pays natal. C’était déjà le sujet de son premier long-métrage, L’Armée du salut (2013) qui raccorde quasi directement avec ce Cabo Negro. Le titre de ce deuxième film fait référence à une station balnéaire située dans le Nord du Maroc. |
Thomas Baurez |
| 2 | Bardot Un doc sur Brigitte Bardot, c’est la promesse de se replonger dans les archives d’une carrière aussi courte que sa résonnance fut immense. Et celles- ci (interviews, extraits …) occupent une place centrale dans ce film où BB a accepté de se confier aussi bien sur son parcours et son combat pour les animaux que sur ses condamnations pour incitation à la haine raciale pour lesquelles on l’entend pour la première fois exprimer un pardon. Bardot évite donc l’hagiographie mais souffre de deux problèmes majeurs. |
Thierry Chèze |
|
Mektoub my love: Canto due Mektoub est de retour. Abdellatif Kechiche, affaibli par un AVC en mars dernier, aura donc eu le temps d’extraire de son imposante matière (des centaines d’heures du rushes tournées dans la quasi-foulée du premier volet en 2017) un Canto Due et ainsi recouvrir son controversé Intermezzo (2019 – inédit en salles) qui avait sérieusement écorné son aura de grand cinéaste. |
Thomas Baurez |
|
Dîtes lui que je l'aime Il y a quelque chose d’intriguant de voir une personnalité aussi discrète que Romane Bohringer ouvrir en grand les portes de son intimité dès lors qu’elle passe derrière la caméra. Dans l’irrésistible L’Amour flou, elle racontait sa séparation avec Philippe Rebbot. Et ici, celle dont on connaît ses liens forts avec son père Richard, dévoile son rapport à sa mère Maggy. La pièce manquante de tous les portraits qui lui ont été consacrés car elle l’a abandonnée à 9 mois. Mais le geste d’autofiction est ici moins direct. |
Thierry Chèze |
|
Les enfants vont bien La compétition angoumoisine démarre tambour battant avec le troisième long métrage de Nathan Ambrosioni après Les Drapeaux de papier (2018) et Toni en famille (2023). Tant à seulement 26 ans, celui-ci ne cesse d’épater par la maturité de son écriture et son talent à signer des portraits de femmes d’une telle acuité. Son film s’ouvre sur une visite à priori banale que Suzanne rend à sa sœur Jeanne. Sauf que le lendemain, Suzanne a disparu sans laisser d’adresse mais un simple mot pour indiquer à Jeanne qu’elle lui confie ses deux jeunes enfants. Où est partie sa sœur ? |
Thierry Chèze |
|
Jay Kelly Qui a envie de voir un énième lamento sur la mort du cinéma et du star-system ? Produit par Netflix, bien sûr, sinon ça ne serait pas drôle… Noah Baumbach s’essaye au « film sur les coulisses du septième art » (un genre en soi), quelque part entre Les Feux de la rampe, La Nuit américaine et Stardust Memories. Avec une pincée de The Player, aussi, cité dès le plan-séquence d’ouverture, qui montre le dernier jour de tournage de ce qui pourrait bien être l’ultime film d’un certain Jay Kelly, superstar hollywoodienne cachant derrière son sourire irrésistible une grosse crise de la soixantaine. |
Frédéric Foubert |
|
La Voix de Hind Rajab Dans son précédent long-métrage Les Filles d’Olfa, la cinéaste tunisienne Kaouther Ben Hania avait créé un dispositif permettant à des interprètes professionnels de venir suppléer les véritables protagonistes d’un drame si celui-ci devenait trop difficile à « rejouer ». A plusieurs reprises ce documentaire autoréflexif montrait à quel point la reconstitution était en grande partie condamnée à n’offrir qu’une vision falsifiée, voire appauvrie des choses. Olfa et ses deux filles venaient ainsi corriger la mise en scène jusqu’à reprendre physiquement possession de leur histoire. |
Thomas Baurez |
| 3 | Silver star Onze ans après Swim Little Swim Fish située dans le milieu culturel underground de New- York, les frenchies Lola Bessis et Ruben Amar scrutent de nouveau les Etats- Unis. Mais en une décade, les temps ont changé. A la légèreté des années Obama a succédé la tension des années Trump. Et Silver Star embrasse ces bouleversements via la cavale électrique à travers le pays de Billy, une jeune Afro-Américaine qui braque une banque pour aider ses parents dans le besoin et Franny, 18 ans, enceinte jusqu’aux dents, qu’elle a prise en otage. |
Thierry Chèze |






