3 Room temperature

Un ovni, un vrai. Le troisième long métrage du duo de réalisateurs formé par l’écrivain Dennis Cooper et l’artiste Zac Farley est intrigant, inquiétant, assez passionnant. Situé dans un lotissement désespérément anonyme aux portes du désert californien, Room Temperature raconte comment chaque année, pour Halloween, une famille transforme sa propriété en une maison hantée, que la population locale est invitée à visiter, moyennant 15 dollars.

Frédéric Foubert
2 Renaître

Celles et ceux qui avaient découvert Omelette en 1998 se souviennent forcément du réalisateur Rémi Lange qui signait là un journal intime et filmé ultra-sensible. Depuis le cinéaste a poursuivi sa route dans la marge, son cinéma tutoyant celui de Paul Vecchiali, fictions réalisées avec trois fois rien et beaucoup d’amour. Renaître c’est tout ça. Marseille, passions clandestines gentiment tarifiés, lieu de dragues, corps réveillés… Si le côté amateur ne rend toujours justice à la poésie ambiante, la liberté d’action mérite qu’on partage cette aventure très humaine.

Thomas Baurez
1 Queerpanorama

L’idée est belle – un jeune homme gay qui dissimule son identité à chaque rencontre avec un nouvel amant, en s’inventant à chaque fois un passé inspiré de l'histoire de vie de son précédent partenaire – et le noir et blanc des images, magnifique. Sauf qu’à ne jamais chercher à donner accès à son personnage, Queerpanorama s’abime dans une cérébralité qui transforme ses atouts en défauts. A savoir un côté poseur et paradoxalement assez désincarné alors que les corps y sont frontalement exposés, dénudés. Et on finit par s’ennuyer ferme au fil de ses 1h27 qui paraissent le double.

Thierry Chèze
1 L'Intermédiaire (Relay)

Sarah (Lily James) est une lanceuse d’alerte repentie. Pas de cynisme là-dedans, juste la peur légitime de ne récolter que les ennuis d’un combat à priori perdu d’avance. Elle passe donc la porte d’un cabinet qui lui propose illico les services d’une agence très secrète dont la mission est d’organiser la restitution de documents compromettants en toute sécurité.

Thomas Baurez
3 Homelessly in love

Armées d’une caméra embarquée, deux amies s’engouffrent au cœur de l’Amérique rurale et y croisent la route de trois femmes qui n’ont rien en commun, si ce n’est leur combat respectif pour s’extirper de la rue. Quand Alyssa jongle entre l’éducation de ses deux fils et sa relation avec leur père, Lorraine s’occupe de son mari en situation de handicap et Michelle passe ses journées à attendre que son amant daigne la rejoindre.

Lucie Chiquer
1 Hell in Paradise

Révélée par Banlieusards (gros hit Netflix de 2019) co- réalisé avec Kerry James, Leïla Sy signe son premier long métrage en solo sur un scénario de Karine Silla. On y suit une jeune Française qui quitte Marseille après avoir décroché un job de réceptionniste dans un hôtel de luxe de l’Océan Indien. Mais comme le titre l’indique, le rêve va virer au cauchemar suite à la mort accidentelle de la fille de clients huppés et aux dommages collatéraux que cette tragédie va provoquer quand la direction du lieu fait reposer toute la responsabilité sur son employée.

Thierry Chèze
1 Follement(e)

Trois ans après le déjà guère folichon Amants super héroïques, Paolo Genovese s’aventure de nouveau sur le terrain de la comédie romantique en essayant de réinventer la manière de raconter et de filmer un premier rendez- vous. Celui entre Piero et Lara qu’elle invite dans son appartement romain avec des papillons dans le ventre.

Thierry Chèze
3 Dis pas de bêtises !

« Pas un film « sur » mais « avec » » annonce Vincent Glenn, fils de Pierre-William, un des plus grands chef-opérateur français décédé en 2024. Un film « sur » aurait impliqué de dérouler le fil d’une filmo longue comme le bras qui passe de Jacques Rivette, François Truffaut à Bertrand Tavernier, Yves Boisset ou Claude Lelouch. On aurait aussi un peu parlé du Glenn-cinéaste et donc de Terminus (1987), improbable Mad Max avec Johnny Hallyday. Un film « avec » n’exclut pas d’évoquer tout ça mais se vit surtout au présent.

Thomas Baurez
Je n'avais que le néant - documentaire
3
Je n'avais que le néant- Shoah par Lanzmann

Shoah de Claude Lanzmann, sorti dans les salles françaises en avril 1985, a donc quarante ans. Œuvre-monstre par sa durée (9 heures 30), œuvre-monde par sa portée universelle. Ce film témoigne de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis durant la Seconde Guerre Mondiale sans avoir recours à l’archive. En quarante ans, le très long-métrage aurait pu lui-même devenir archive s’il n’avait pas inventé son propre espace-temps devenant un bloc impossible à morceler sous peine d’être avalé par l’édifice. C’est à partir du néant que s’est élaboré Shoah.

Thomas Baurez
Vie privée
3
Vie privée

On le pressentait à sa sortie voilà trois ans et Vie privée en apporte la confirmation. Il y a dans le cinéma de Rebecca Zlotowski, un avant et après Les Enfants des autres, sa plus belle réussite à ce jour, la première fois où elle a osé fendre l’armure, laissant un romantisme échevelé et une émotion à fleur de peau prendre la place d’une cérébralité jusque là dominante. C’est de cette brèche que naît Vie privée, son film sans doute le plus déroutant à ce jour.

Thierry Chèze
Jesse Plemons dans Bugonia
3
Bugonia

La machine Yorgos Lanthimos touche à plein régime. Bugonia est son troisième film à nous parvenir en deux ans à peine, après Pauvres Créatures et Kinds of Kindness. Le réalisateur divise (jusque dans la rédaction de Première), ses détracteurs lui reprochant son ton cynique, les stridences m’as-tu-vu de sa mise en scène. Défauts qu’on retrouve en partie dans Bugonia, dont on est par ailleurs bien obligé d’admettre qu’il est extraordinairement efficace et divertissant.

Frédéric Foubert
2 Trans Memoria

Il n’en a peut-être pas l’air, mais Trans Memoria est orienté vers la vie : la réalisatrice y filme son expérience de transition et fait revivre par ses propos son amie Meril, la seule avec qui elle a partagé cet événement. Dommage alors que sa mise en scène tende vers la nature morte : les plans fixes inanimés et le recours à la voix off réduisent la portée de cette mémoire, préservée par les images.

Nicolas Moreno

4 Pompei, sotto le nuvole

En l’an 79, l’éruption du Vésuve recouvre entièrement Pompéi, la figeant à presque jamais. Aujourd’hui, cette ville serait presque enchaînée à son passé, muséifiée jusqu’à l’étouffement.

Grégory Gadebois Jean Valjean
3
Jean Valjean

Du Goût des merveilles à L’Esprit de famille, on a suffisamment critiqué dans ces colonnes le cinéma d’Eric Besnard pour ne pas saluer la manière dont il s’empare des Misérables de Hugo (en attendant pour fin 2026 la version de Fred Cavayé avec Vincent Lindon). Il choisit ici de se concentrer sur la genèse du héros de cette œuvre monumentale et raconter comment cet homme, ravagé par la colère et la rancune nés de ses 20 ans de bagne, va se métamorphoser. Un plaidoyer pour la seconde chance qui résonne fort avec notre époque où elle n’est guère en cours.

Thierry Chèze
Grégory Gadebois Jean Valjean
3
Jean Valjean

Du Goût des merveilles à L’Esprit de famille, on a suffisamment critiqué dans ces colonnes le cinéma d’Eric Besnard pour ne pas saluer la manière dont il s’empare des Misérables de Hugo (en attendant pour fin 2026 la version de Fred Cavayé avec Vincent Lindon). Il choisit ici de se concentrer sur la genèse du héros de cette œuvre monumentale et raconter comment cet homme, ravagé par la colère et la rancune nés de ses 20 ans de bagne, va se métamorphoser. Un plaidoyer pour la seconde chance qui résonne fort avec notre époque où elle n’est guère en cours.

Thierry Chèze
3 Franz K.

Un an après le très scolaire Kafka, le dernier été, revoici l’auteur de La Métamorphose au cœur d’un nouveau biopic… qui en constitue le contrepoint parfait. Décidément en verve après L’Ombre de Staline et Green Border, Agnieszka Holland y dynamite cet exercice souvent réduit aux figures imposées.

Thierry Chèze
3 L'Arbre de la connaissance

Un ado tombe entre les mains d’un homme, surnommé l’Ogre, ayant fait un pacte avec le Diable, qui l’utilise comme rabatteur de touristes qu’il transforme en animaux pour les manger ! Voilà pour le pitch bien allumé du nouveau Eugene Green (Le Pont des Arts, Le Fils de Joseph…) qui révèle un sens certain de la comédie peu mise en lumière jusque là dans une œuvre exigeante et pointue. Et, entre farce et fantastique, sa charge contre les méfaits combinés du tourisme et des dérives du capitalisme dans la société portugaise touche juste.

Thierry Chèze
Eleanor the Great
3
Eleanor the Great

On ne l’attendait pas forcément là. Première réalisation de Scarlett Johansson, Eleanor the Great a la modestie d’un film qui ne la ramène pas - mais aussi, parfois, la fadeur d’un téléfilm un peu trop sage. On y suit Eleanor, nonagénaire au verbe piquant (June Squibb impériale), qui à la mort de sa meilleure amie rejoint sa famille newyorkaise. Là, sa petite comédie quotidienne prend une nouvelle tournure : elle s’approprie un jour des fragments de l’histoire de son amie décédée, une ancienne rescapée des camps.

Pierre Lunn
Dossier 137 - affiche
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Dossier 137

fait divers. Il adopte cette fois le point d’une enquêtrice de l’IGPN (Léa Drucker), confrontée à une potentielle bavure de la BRI : un tir de LBD ayant blessé grièvement un jeune homme, dans le contexte d’une manifestation tendue. Alors que les flics impliqués plaident la légitime défense, elle tente de faire toute la lumière sur cette affaire, quitte à ses mettre ses collègues à dos. Une affaire fictionnelle qui s’inspire évidemment de la réalité, et que Dossier 137 s’obstine à traiter avec une froideur administrative.

François Léger
Ella Rumpf et Monia Chokri dans Des preuves d'amour
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Des preuves d'amour

Toutes deux ont triomphé aux César 2024. Ella Rumpf en révélation pour Le Théorème de Marguerite. Monia Chokri en film étranger avec Simple comme Sylvain. Et Alice Drouard a eu la belle idée de les réunir comme têtes d’affiche de son emballant premier long, découvert à la Semaine de la Critique cannoise. Elles y incarnent Céline et Nadia, un couple au féminin qui attend la naissance de leur premier enfant que Nadia porte.

Thierry Chèze
Insaisissables 3
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Insaisissables 3

Neuf ans après leur dernier tour de passe-passe, les « Quatre Cavaliers » (ils sont cinq en fait, allez comprendre) remontent sur scène. Ce troisième épisode se rêve en reboot mais sans totalement l’assumer. Ruben Fleischer, nouveau chef d’orchestre de la franchise, tente de relancer la magie en dépoussiérant la formule : plus d’effets, plus de rythme, plus de clinquant, une super méchante. Il ne manque qu’un truc : un peu d’âme… Et pour ça, il faudra repasser. 

Gael Golhen
2 La Bonne étoile

Quatre ans après le très joli et autobiographique On est fait pour s’entendre, Pascal Elbé revient à la réalisation avec un film audacieux dans la période de tensions communautaires que connaît notre pays et plus largement la planète depuis les attaques terroristes du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Il met en scène un homme (Benoît Poelvoorde, dément dans un rôle de con magistral) qui, par son choix d’avoir déserté en 1940 après un seul jour passé le front, a plongé sa famille dans une précarité devenue de plus en plus insupportable à vivre.

Thierry Chèze
3 Six jours, ce printemps- là

Tout est dans le titre. On va suivre pendant 1h30 Sana, une femme dans la dèche qui décide d’offrir à ses deux jumeaux une semaine de vacances – avec celui dont elle partage la vie sans le leur avoir avoué – dans la villa hyper- luxueuse du sud de la France de ses ex beaux- parents où elle n’a plus le droit de mettre les pieds depuis son divorce. Ce film a été inspiré à Joachim Lafosse (Les Intranquilles) par un souvenir marquant de sa jeunesse, prise de conscience violente du déclassement social vécu par sa mère après son divorce.

Thierry Chèze
3 Les Rêveurs

Pour ses débuts de réalisatrice. Isabelle Carré porte à l’écran son roman, où elle racontait la tentative de suicide dans laquelle l’a poussée son mal- être et la manière dont le théâtre l’avait sauvée.  Elle incarne une comédienne qui vient animer des ateliers d’écriture à l’hôpital Necker avec des ados en grande détresse psychologique. Et qui, à leur contact, voit remonter à la surface ce moment où, à 14 ans, elle a elle- même été internée pour avoir tenté d’en finir avec la vie. Et on retrouve chez la réalisatrice Isabelle Carré toute la sensibilité qu’on admire dans son jeu.

Thierry Chèze
L'Incroyable Femme des Neiges - Blanche Gardin
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L'Incroyable femme des neiges

Le cinéma français si parisien fait de la Province son nouvel eldorado pour être en crise opérant le grand retour vers les terres originelles. Partir un jour, Connemara, L’Incroyable femme des neiges…, et toujours Bastien Bouillon en dénominateur commun (plutôt accessoire dans le cas présent). Ici Coline (Blanche Gardin) débarque dans le Jura avec un trop lourd secret qu’elle s’en va finalement bazarder au fin fond du Groenland. Ça part bien avec des tensions tous azimuts, puis ça s’enlise sur la glace où le récit patine sévèrement.

Thomas Baurez
2 The Great departure

Avec The Great Departure, Pierre Filmon (Entre deux trains) capte le coup de foudre entre un Australien (Xavier Samuel, vu notamment dans Blonde) et une Indienne (Sonal Sehgal, également scénariste) à Varanasi. Le film prend la forme d’un road trip où se mêlent critique du patriarcat, coutumes locales et amour fou. Les trois sujets ne communiquent pas toujours idéalement et l’alchimie du couple est parfois discutable, mais la mise en scène à la frontière entre documentaire et fiction est suffisamment subtile pour maintenir l’intérêt.

François Léger
Le Gang des Amazones
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Le Gang des amazones

Elles ont défrayé la chronique à la fin des années 80. Cinq amies d’enfance malmenées par la vie avaient décidé de s’improviser cambrioleuses de banques, grimées en hommes pour ne pas être reconnues. Mélissa Drigeard (Tout nous sourit) a choisi de s’emparer de l’histoire de ce Gang des Amazones sous la forme d’une fiction.

Thierry Chèze
On vous croit
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On vous croit

On vous croit s’ouvre sur un visage. La mine abattue et le regard abîmé, Alice traîne son fils turbulent par la peau du cou dans l’espoir de ne pas louper le tram. Un seul objectif : arriver à l’heure à son rendez-vous. Pas celui chez le coiffeur, ni celui chez le dentiste, mais celui au tribunal de protection de la jeunesse. Face à une juge et à côté d’un ex-mari qui remet en cause la garde, Alice s’échine à défendre son choix d’éloigner ses enfants de leur père depuis maintenant deux ans.

Lucie Chiquer
Les Aigles de la République
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Les Aigles de la République

Un baiser de cinéma à bord d’une décapotable. Nous sommes en plein tournage de la nouvelle production mettant en scène la vedette George Fahmy surnommé « le pharaon des écrans ». Tarik Saleh débute ce nouveau long-métrage par des transparences et du carton-pâte dans des gigantesques studios de cinéma qui évoquent un lointain âge d’or. Nous sommes pourtant dans l’Egypte du président nationaliste Abdel Fattah al-Sissi réélu pour un troisième mandat en 2023 avec près de 90% des voix.

Thomas Baurez
Kika
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Kika

Voilà le film sur le deuil le plus singulier et désarmant vu depuis longtemps. Et dont les 30 premières minutes dominées par un sens aiguisé de la rupture repoussent sciemment le moment de comprendre dans quel type de film on se trouve pour nous propulser instantanément dans la tête de son héroïne, elle- même totalement déstabilisée par ce qu’elle traverse. Car cette assistante sociale belge se voit percutée par la mort soudaine de l’homme pour lequel elle avait eu un coup de foudre et quitté le père de sa fille.

Thierry Chèze