The Watcher : La série idéale à "binge-watcher" [critique]
Netflix

Une dizaine de twists en sept épisodes, qui dit mieux ?

A peine Dahmer sortie, la série "true crime" choc retraçant les meurtres du serial killer ayant sévi de 1978 à 1991, Ryan Murphy (American Horror Story, Hollywood, Ratched...) et Ian Brennan (Glee) reviennent déjà sur Netflix avec The Watcher, une mini-série au concept évidemment tordu, mais bien moins glauque que celle qui l'a précédée. Durant sept épisodes, elle suit la famille Brannock, menée par Dean (Bobby Canavale) et Nora (Naomi Watts), qui est prête à mettre toutes ses économies dans une magnifique villa dans le New Jersey. D'abord ravis de quitter New York, ils s'installent au n°657 Boulevard, à Westfield, sans se douter qu'ils seront bientôt la cible d'un mystérieux "Veilleur", auteur de lettres menaçantes qui vont rapidement les rendre paranos.

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Commence alors un jeu de pistes haletant, le couple se mettant petit à petit à soupçonner tous ses voisins, qui ont chacun des réactions étranges depuis leur arrivée dans le quartier. Maureen (Margo Martindale) et Mitch (Richard Kind) passent leur temps à les observer depuis le jardin, Jasper (Terry Kinney) fait carrément irruption chez eux, conservant les habitudes prises depuis tout petit, pendant que sa soeur Pearl (Mia Farrow, la star de Rosemary's Baby, s'amuse comme une folle à jouer avec son image de femme dérangée), se permet des réflexions déplacées sur leurs choix de rénovations de la maison.

Au départ, Nora et Dean ont de bons réflexes : il signalent immédiatement les menaces aux autorités, puis décident de dormir à l'hôtel quand la situation s'envenime. Face à l'incapacité du policier Chamberland (Christopher McDonald) de répondre à leurs questions, ils engagent une détective privée (Noma Dumezweni), essayent de contacter les précédents propriétaires des lieux, font appel à une société de sécurité... Les rebondissements s'enchaînent. Très vite, cependant, le doute et l'envie de percer ce mystère prennent le dessus, ils ne communiquent plus aussi bien qu'avant, leurs problèmes de couple refont surface, et elle commence même à le soupçonner d'avoir pu mettre en place toute cette effrayante mise en scène.

Avec son traditionnel "ciffhanger" de fin d'épisode, The Watcher est construite comme la série parfaite à "binge-watcher". Difficile de résister à la curiosité : on a envie de savoir quelles nouvelles péripéties folles nous attendent dans la suite. C'est ludique, efficace et bien rythmé, alternant entre séquences stressantes et pointes d'humour bien senties, à défaut de rester totalement crédible sur la durée : la série se regarde facilement, jouant à perdre ses spectateurs en mélangeant tous les codes du thriller, mais à force d'enchaîner les twists, surtout à la toute fin de l'enquête, elle prend le risque d'en faire trop, de lasser et/ou de frustrer son public. 

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The Watcher vaut quand même le coup d'oeil pour son approche intéressante de la thématique de la paranoïa, son casting en pleine forme (la plupart des comédiens, même s'ils interprètent des personnages secondaires, ont le temps de briller durant une poignée de scènes marquantes) et sa critique cinglante de la société actuelle. Jennifer Coolidge incarne ainsi une parfaite "Karen" dans cette histoire mélangeant plusieurs théories du complot. Sans trop en dire, le fait d'évoquer une secte de buveurs de sang frais se moque clairement de messages fumeux propagés par QAnon. De façon plus sérieuse, la manière dont la famille se replie sur elle-même quand elle est menacée est également bien montrée.
L'histoire vraie qui est à l'origine de The Watcher n'est pas si lointaine, elle s'est déroulée en 2014. Pourtant, sa transposition en 2022 prend tout son sens dans cette peinture souvent ridicule de la bourgeoisie américaine, dans sa façon de montrer ces relations de voisinage toxiques où tout le monde s'observe tout en s'isolant en optant pour des systèmes de sécurité de pointe, où l'on n'hésite pas à dénoncer ses proches en cas de problème personnel, à raconter n'importe quoi pour obtenir ce que l'on souhaite... L'air de rien, The Watcher aborde sous ses airs de thriller ludique et exagérément rempli de rebondissements des sujets de société importants. C'est d'ailleurs devenu une marque de fabrique pour Ryan Murphy, qui développe déjà cela avec brio dans American Crime Story, par exemple, en choisissant un genre bien défini (une enquête policière ayant réellement eu lieu) pour mieux aborder des problèmes actuels.