Affiches Films à l'affiche mercredi 28 février 2024
Warner/ Arizona Films Distribution/ Jour2Fête

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
DUNE : DEUXIEME PARTIE ★★★★★

De Denis Villeneuve

L’essentiel

Après un premier volet mystique et planant, Denis Villeneuve sort l’artillerie lourde avec cette deuxième partie. Et confirme qu’il est bien le plus bel héritier de Ridley Scott.
 

Dans Dune: Deuxième partie, Paul Atréides (Timothée Chalamet) voit enfin l’avenir grâce à ses pouvoirs, et il sait que s’il accepte de devenir le messie des Fremens, il devra donner l’ordre de commettre le plus grand génocide jamais vu. Et ça lui fait peur. Et Chani (Zendaya), l’amour de sa vie, ça lui fait peur aussi car elle sait qu’il est un faux messie, un Elu bidon, un nouvel oppresseur qui ne sera que massacres et génocides. On ne voudrait pas emmener Dune 2 sur le terrain d’une actualité trop présente et trop dangereuse pour s’en tirer sans bobo, mais c’est ainsi : dans Dune : Deuxième partie, tout gravite autour du génocide. Le mot y devient mythologique. Et si ce deuxième volet servira de buffet à volonté pour les haters du premier film, et de Villeneuve en général, au bout de ses (presque) trois heures, il  devient, à l’instar d’Oppenheimer l’an dernier, un immense morceau de cinéma pensé et investi, hyper excitant, un film réellement dirigé par une vision.

Sylvestre Picard

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

LA MERE DE TOUS LES MENSONGES ★★★★☆

De Asmae El Moudir

Ce documentaire primé par l’Oeil d’Or à Cannes est né d’une volonté d’Asmae El Moudir de poser une question qui hante son esprit depuis petite : pourquoi, pendant longtemps, n’y avait-il pas de photos d’elle dans sa maison ? Elle part alors à la recherche de ce que cache sa grand-mère, matriarche autoritaire à l’origine de cette interdiction. Afin d’obtenir des réponses, Asmae El Moudir confronte ses proches à une maquette de son ancien quartier, remplie de maisons miniatures et de figurines. Un format d’une créativité folle qui lui permet de briser le silence, d’aller au cœur du mensonge, et de délier les secrets qui ont infesté sa famille de l'intérieur. Et ce film au départ intimiste se transforme avec une grande délicatesse en devoir de mémoire et met en lumière un événement oublié de l’histoire du Maroc : les émeutes du pain de 1981.

Lucie Chiquer

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EUREKA ★★★★☆

De Lisandro Alonso

Comme un puzzle, la vue d’ensemble d’Eureka ne peut fonctionner sans toutes ses pièces. Trois pour être exact, totalement disparates mais qui n’ont de sens qu’imbriquées les unes aux autres. D'abord, un western hollywoodien en noir et blanc bourré d'archétypes, où Viggo Mortensen parcourt une vallée désertique dans la peau d’un cow-boy d’une époque révolue. Le dernier acte, lui, nous emmène dans l’Amazonie des années 1970 à la rencontre des Indiens qui y vivent. Et au centre, le chapitre essentiel à la compréhension des deux autres : la patrouille de nuit, de nos jours, d'une policière sur les routes enneigées d'une réserve indienne reculée des États-Unis. Complexe et audacieux dans sa structure, amer et tragique dans son sujet, Eureka s’adresse à ceux qui auront la patience de lire entre les lignes, de relier les occurrences, pour finalement participer à l’assemblage final. Une œuvre collective, d'une beauté saisissante.

Lucie Chiquer

 

PREMIÈRE A AIME

DEBÂCLE ★★★☆☆

De Veerle Baetens

L’héroïne du déchirant Alabama Monroe a choisi comme entame de sa carrière de réalisatrice d’adapter un roman de Lize Spit, le récit d’un traumatisme vécu gamine par Eva, qui, longtemps enfoui en elle, va ressurgir vingt ans plus tard avec le besoin irrépressible de solder les comptes de sa souffrance. Veerle Baetens excelle à filmer l’enfance dans ce qu’elle a de plus cruel mais aussi ces parents qui préfèrent détourner le regard plutôt que d’assumer les conséquences des actes de leurs gamins. Débâcle parle avec la même acuité de la perte violente de l’innocence que du temps long nécessaire à en prendre conscience. Veerle Baetens filme toujours à bonne distance et aves des choix de cadre pertinents la violence morale et physique ici distillée, ne détournant jamais hypocritement le regard. Comme pour soutenir Eva, lui dire qu’elle n’est pas seule et souligner que ses agresseurs n’ont pu évacuer de tels actes de leur mémoire.

Thierry Cheze

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REVIVRE ★★★☆☆

De Karim Dridi

Voilà neuf ans et Chouf qu’on était sans nouvelles de Karim Dridi sur grand écran. Ce retour se fait par le biais d’un documentaire où il a suivi, dans le service de réanimation pédiatrique de l’hôpital de la Timone, deux couples de parents en attente d’une greffe pour leurs enfants en bas âge : cardiaque pour l’un, de foie pour l’autre. Un exercice délicat et peuplé de pièges dans lequel il ne tombe jamais car se situant toujours à bonne distance de ses personnages. Jamais trop éloigné pour tenir son ambition immersive mais jamais trop proche afin d’éviter tout voyeurisme, tout en restant fidèle à son parti pris de rester concentré sur les parents et de faire des soignants des personnages secondaires célébrés par l’impact de leurs petits et grands gestes du quotidien sur ces familles oscillant entre angoisse et espoir. Un retour gagnant donc.

Thierry Cheze

RIEN NI PERSONNE ★★★☆☆

De Gallien Guibert

Jean, dealer menacé par ses vieux collègues, plonge dans un déferlement de violence en fuyant sa double vie pour protéger sa famille. On est alors entraînés dans la cavale haletante d’un homme qui cherche à laver son passé, entre la drogue, les néons et les pleurs de son bébé. Ce thriller noir porté presque intégralement par Paul Hamy (Maryland) brille par son dynamisme saisissant. Avec ce premier film tendu qui flirte parfois avec le road movie, Gallien Guibert capture les allers et venues nocturnes de son personnage entre Nantes et Saint-Nazaire. Et parce qu’il ne dépasse pas une heure vingt, Rien ni personne ne s’étale jamais sur son scénario et ne garde que l’essentiel : une histoire efficace qui ne cherche pas être novatrice, une photographie vibrante et des personnages charismatiques. Une réussite instantanée.

Bastien Assié

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

BLACK TEA ★★☆☆☆

De Abderrahmane Sissako

Surnommé le Schindler britannique, Nicholas Winton a sauvé des centaines d’enfants juifs vivant à Prague en organisant des convois vers Londres, avant que la ville tombe aux mains des Nazis, en 1938. Un geste resté méconnu jusqu’à ce soir de 1988 où la BBC l’a invité à témoigner en réunissant à ses côtés ceux qui avaient survécu grâce à lui. James Hawes raconte cette histoire en multipliant les aller- retour entre les deux époques. La faiblesse de la mise en scène de la partie des années 30, le recours à une pénible musique lacrymale laissent à penser qu’un documentaire aurait été une forme plus appropriée. Mais cette option nous aurait privé d’Anthony Hopkins qui incarne Winton dans les années 80. Chaque seconde de sa présence à l’écran est tout à la fois un régal, une merveille de précision, un sommet d’émotion contenue qui explose ici et là de manière déchirante. Mais ne suffit pas à tout sauver.

Thierry Cheze

MADAME DE SEVIGNE ★★☆☆☆

De Isabelle Brocard

Désireuse de dépoussiérer les idées toutes faites sur la marquise de Sévigné et sur l’aristocratie française du dix-septième siècle, Isabelle Brocard (réalisatrice en 2011 de Ma compagne de nuit) consacre son récit à la relation fusionnelle entre l’illustre madame de Sévigné et sa fille - nommée Madame de Grignan après son mariage - et s’appuie sur des concepts à la résonance contemporaine en observant notamment ce que chacune projette sur l’autre. Si la complexe oscillation entre désirs d’indépendance et poids de la dépendance affective de ce duo mère-fille est habilement incarnée par Karin Viard et Ana Girardot, la mise en scène ne s’affranchit pas totalement des contraintes du film historique en costumes et s’avère parfois ampoulée. Si bien que la louable volonté de retranscrire les pressions sociales que subissent de tout temps les femmes, les mères et les filles manque un peu ici de souffle émotionnel.

Damien Leblanc

SATOSHI ★★☆☆☆

De Junpei Matsumoto

Préparez vos mouchoirs ! Satoshi se retrouve privé de sa vue et de son ouïe à 18 ans à cause d’une maladie incurable. Inspiré d’une histoire vraie, ce mélodrame japonais se révèle plutôt juste quand il aborde la maladie du point de vue de la mère, seule femme capable de partager la douleur psychologique de son fils. Mais le récit s’abime hélas trop dans une atmosphère tire-larmes qui vient fragiliser la morale sur l’acceptation de soi.

Yohan Haddad

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

IL N’Y A PAS D’OMBRE DANS LE DESERT ★☆☆☆☆

De Yossi Aviram

À Tel Aviv, deux enfants de déportés, un Israélien et une Française, se retrouvent par hasard lors du procès d’un nazi ayant participé à la persécution de leurs parents. Un quiproquo plus tard, l’Israélien kidnappe la Française et tente de la raisonner sur un amour passé. Si le début intrigue, Yossi Aviram travesti trop vite son film sur la mémoire en ersatz tendancieux de L’Année Dernière à Marienbad - et échoue à trouver l’équilibre entre une histoire d’amour contrariée et un récit intime sur la transmission.
 

Yohan Haddad

 

Et aussi

Béziers, l’envers du décor de Daniel Kupferstein

Dans la mêlée, de Matt Carter

Le Titien, l’empire des couleurs, de Laura Chiossone et Giulio Boato

Tombés du camion, de Philippe Pollet- Villard

Les reprises

Alice, de Jan Svankmajer

L’Arme à gauche, de Claude Sautet

Classe tous risques, de Claude Sautet

L’Inondation, de Igor Minaïev