AFFICHE
1
Un corps sous la lave

Au milieu d’un océan agité, trois hommes atteignent à la nage une île déserte avant de se mettre en marche. Nous sommes en 1492 et les voyageurs fuient ensemble l’embarcation de Christophe Colomb qui les condamne à mort. Alors, ils déambulent au milieu des paysages volcaniques des Iles Canaries pour semer leur châtiment. Silencieux (on compte les dialogues sur les doigts d’une main), ils portent avec eux le fardeau des futurs massacres causés par leur équipage.

AFFICHE
3
Pour ton mariage

Longtemps directeur de production dans le cinéma, Oury Milshtein est inconnu du grand public mais réalise soudain à 65 ans passés son premier film documentaire dans lequel il raconte sa vie de façon rocambolesque. À la fois fils d’un célèbre peintre (Zwy Milshtein) et ancien gendre d’Enrico Macias (dont il épousa la fille il y a trente ans), Oury a eu cinq enfants avec deux femmes différentes et se rend souvent sur la tombe de son défunt psy.

Damien Leblanc
AFFICHE
1
Munch

On se plaint assez de voir trop de biopics dépourvus de point de vue pour ne pas saluer la manière dont Henrik Martin Dahlsbakken s’empare ici de la figure du peintre Edward Munch. Tel Haynes avec I’m not there pour Dylan, il fait incarner l’auteur du Cri par quatre acteurs différents (dont une femme) à quatre périodes de sa vie, osant même l’anachronisme puisque la dernière se déroule à Berlin dans les années 2000, 50 ans après sa disparition. Ces aller- retour entendent raconter l’homme autant que l’artiste, ses inspirations comme son rapport complexe à la création.

Thierry Chèze
AFFICHE
2
Ma France à moi

Si seule à la mort de son mari, France accueille dans son grand appartement parisien un jeune migrant ayant fui l’Afghanistan, Reza. Elle souhaite qu'il s'intègre en trouvant rapidement un travail, mais lui rêve de longues études, à Sciences Po alors que son fils, exilé à New York, s'inquiète de voir un étranger prendre sa place au sein du foyer. Benoît Cohen (Nos enfants chéris) adapte ici son roman, succès de librairies en 2018, inspiré par l’histoire de sa propre mère.

Elodie Bardinet
AFFICHE
2
Inspecteur Sun et la malédiction de la veuve noire

Arachnophobes, passez votre chemin ! Amusant mélange entre Hercule Poirot et Inspecteur Gadget, ce film d’animation suit l’inspecteur Sun, une araignée détective aux compétences plus que douteuses... Alors qu’il embarque dans un convoi aérien direction San Francisco, il est forcé de résoudre l’énigme qui entoure le meurtre du Docteur Bugsy Epinestone. Veuve noire, criquet, mouche, fourmi et mante religieuse vont croiser son chemin et s’ajouter à la longue liste de suspects. Bel exploit que de rendre cette ribambelle d’insectes attachante !

Lucie Chiquer
AFFICHE
3
Les Colons

Le western semble revenir au grand galop en 2023, le genre se voyant réinvesti par un regard neuf et bien plus éveillé aux atrocités commises par les colons. En l’occurrence ici, trois cavaliers recrutés par un propriétaire qui sont chargés de déposséder les habitants de leur zone, dans la Terre de Feu, dans un Chili du début du XXe siècle. L’intérêt du regard porté sur cette intrigue réside dans le dédoublement de son analyse de la situation : l’horreur vient à la fois du fait colonisateur et de l’homme viril. Nulle homo-érotisation de ces corps, au contraire.

AFFICHE
4
Menus- plaisirs

Si Frederick Wiseman a montré à maintes reprises son talent pour filmer les institutions politiques (Welfare, City Hall…), il prouve avec Menus-Plaisirs que sa méthode documentaire est imparable, quel que soit le domaine. Car en s’attaquant à la maison Troisgros, trois étoiles au Michelin et repris de générations en générations par la même famille, le documentariste filme la restauration de la même manière qu’un hôpital ou une mairie, c’est-à-dire de sorte à en révéler son fonctionnement concret par le montage de majestueux plans séquences.

AFFICHE
4
La Fille de son père

Huit minutes. C’est le temps que met Erwan Le Duc à poser les bases de son récit, dans une scène d’ouverture dont la frénésie s’empare instantanément du spectateur. Une succession de plans sans dialogue, sur une fabuleuse musique de Julie Roué : Etienne a vingt ans, adore le foot, tombe amoureux de Valérie, leur fille Rosa voit le jour, Valérie disparait, Etienne devient papa poule célibataire. Ellipse. Rosa a 17 ans et doit quitter le nid pour entamer des études d’art. Mais qui sont-ils l’un sans l’autre, eux qui se sont toujours construits à deux ?

Lucie Chiquer
AFFICHE
3
The Survival of kindness

Dans son récit poétique, Espèces d’espaces (1974), Georges Perec écrivait : « L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner... » Ainsi posé, c’est toute une géométrie du monde qui se retrouve interrogée. Cette énigme, Rolf de Heer (10 Canoés, Charlie’s Country...), l’impose d’abord à nous spectateur (où sommes-nous au juste?), puis très vite à son héroïne, prisonnière dans une cage au milieu du vaste désert australien.

Thomas Baurez
AFFICHE
2
Sirocco et le royaume des courants d'air

Deux sœurs de 4 et 8 ans découvrent un passage secret vers le Royaume des courants d’air, lieu imaginaire décrit dans leur livre favori. Séparées et transformées en chats, elles doivent affronter Sirocco, le maître des vents et des tempêtes, pour espérer rejoindre le monde réel. Légèrement psychédélique et patiné comme un film d’animation des années 70, Sirocco… est un étrange objet qui crée des ponts entre l’oeuvre de Mœbius, Le Magicien d’Oz et Max et les Maximonstres.

François Léger
AFFICHE
2
Shttl

La veille de l’invasion de l’Ukraine par l’Allemagne nazie, un village qui s’apprête à célébrer un mariage vit ses dernières heures de sérénité. La promesse des grandes discussions philosophiques et métaphysiques laisse finalement la place à une manie poussive pour le plan séquence et la virtuosité des mouvements de la caméra, du passage du noir et blanc à la couleur. Le procédé asphyxie toutes les relations entre les personnages, et empêche aux thèmes riches de se déployer convenablement (tourné en yiddish, le film interroge notamment l’identité juive en Europe orientale).

AFFICHE
3
Sergent Major Eismayer

« Les PD n'ont rien à faire dans l'armée. C'est comme mettre des pédophiles dans un jardin d'enfants.” Cette phrase prononcée par un gradé de l’armée autrichienne dans ce premier long métrage est d’autant plus glaçante qu’il est inspiré d’une histoire vraie. Celle du coming out de d’un instructeur plus redouté qu’on pourrait croire échapper de Full metal jacket. Derrière la caméra, David Warner a le mérite de ne jamais précisément se contenter de suivre scolairement ce récit programmatique aussi édifiant soit- il.

Thierry Chèze
AFFICHE
3
Sea sparkle

Explorant le déni et la colère du deuil, Sea Sparkle s’ouvre sur le décès d’un pécheur belge laissant orpheline Lena, persuadée que le responsable est un monstre marin. Même si le drame pèse sur ceux qui restent, c’est par l’enquête et le regard de l’enfant que l’on navigue. Véritable teen movie, le film déborde de son thème dramatique pour saisir le quotidien d’une jeune fille de douze ans, entre les concerts de rap de son grand frère et les après-midis au skatepark avec ses potes.

AFFICHE
3
Rue des dames

Six ans après Les Derniers Parisiens, Hamé et Ekoué repassent par la case cinéma avec un deuxième long situé à quelques pas de Pigalle, théâtre de leur premier. Un film choral construit autour d’un personnage central (Garance Marillier, impériale), une manucure qui, enceinte, doit trouver d’urgence de l’argent pour louer un nouvel appartement et monte une combine où elle présente, en mode rabatteuse, des clientes à des célébrités lors de soirées privées.

Thierry Chèze
AFFICHE
3
Légua

Au cœur de la campagne portugaise verdoyante, Ana aide une femme âgée et malade à s’occuper de la maison secondaire d’une famille riche en leur absence. Tandis que son mari et sa fille fuient la cambrousse pour la ville, son sens des responsabilités l’attache à l’endroit. Au fil des saisons qui passent à l’écran, les taches ordinaires se transforment en rituels, magnifiant les répétitions quotidiennes consacrées à une demeure vide et à une vieille dame mourante. Le rythme calme du film alimente la sensation d’isolement et surprend à faire de l’ennui une qualité agréable.

AFFICHE
2
Les Inséparables

Don est une marionnette qui souffre de n’enchaîner que des rôles de bouffons dans un théâtre de Central Park. DJ Doggie Dog, une peluche abandonnée s’imagine, lui, en star du rap. Les Inséparables orchestre la rencontre de ces deux solitudes et célèbre leur capacité à transformer leurs rêves inaccessibles en réalité.

Thierry Chèze
AFFICHE
3
Blackbird blackberry

Ethéro découvre l’amour avec Mourmane. Finie la plate vie rythmée par les commérages du village et les clientes de la droguerie, voilà qu’à 48 ans, cette dernière retombe comme en adolescence ! Elle fait sa première fois avec lui, ils se donnent des rendez-vous, se draguent dans de longs trajets en voiture pour fuir les regards, écoutent Aznavour à la radio… L’intérêt principal du film réside dans la mise en scène de cet apprentissage, du soulagement que procure la sexualité à cette femme, les corps nus habitant le bord des cadres, drapés par la douceur des éclairages.

AFFICHE
3
Le Balai libéré

Peut-on travailler sans patron ? Voilà la question que pose ce documentaire à travers une histoire singulière. Dans les années 70, les ouvrières d’une entreprise de nettoyage employée par l’Université Catholique du Louvain (UCL) ont réussi à virer leur patron et à s’autogérer pendant 14 ans en créant leur propre structure : le Balai Libéré. Plus d’une décennie à travailler dans la solidarité et en défendant les intérêts des salariés paraît utopique de nos jours.

AFFICHE
3
Past lives- Nos vies d'avant

Céder un morceau de soi à l’autre quand on le quitte, et, parallèlement, se construire de ces rencontres qui laissent une marque indélébile. C’est en ce troc qui régit les relations humaines que réside toute la trame narrative de Past Lives, premier long métrage de la dramaturge Celine Song. Miroir d’un moment intime de sa vie, le récit gravite autour de la relation inachevée de Nora et Hae Sung.

Lucie Chiquer
Winter Break affiche
3
Winter Break

POUR

Thomas Baurez
AFFICHE
4
Les Trois mousquetaires: Milady

D’Artagnan est KO, Constance a disparu, la guerre est proche. Mais que font les mousquetaires ? Acte deux donc. Efficace et sérieux, D’Artagnan avait rempli toutes les promesses annoncées. Cette épopée cape et d’épée était donc une adaptation de Dumas fidèle et dépoussiérée et offrant au casting d’enfer de quoi s’amuser entre deux combats parfaitement chorégraphiés. Il manquait peut-être un peu de folie, d’humour ou d’inconscience. Ca tombe bien : pour ce deuxième épisode, l’équipe a su retenir les réussites du premier, tout en lâchant un peu plus les chevaux.

Gael Golhen
AFFICHE
3
Bungalow

L’achat d’un nouvel appartement ou d’une maison à rénover se révèle dans 99,9% des cas source d’emmerdes à répétition dont l’aspect rocambolesque constitue une source d’inspiration inépuisable pour les scénaristes.

Thierry Chèze
AFFICHE
3
The Soiled doves of Tijuana

Une ville mexicaine comme un territoire cinématographique infini.  Après une demi- douzaine de courts et un long métrage de fiction (Tijuana Bible), Jean- Charles Hue raconte Tijuana à travers un documentaire consacré à des prostituées y vendant leurs corps pour survivre et payer la dope à laquelle elles sont accros. Avec sa caméra jamais intrusive et pourtant incroyablement proche, Hue témoigne de leur détresse sans une once de misérabilisme, par la grâce de sa réalisation enveloppante.

Thierry Chèze
AFFICHE
3
Levante

En portugais, le mot levante traduit un geste technique en volley-ball. Sport que pratique Sofia, 17 ans, joueuse au talent indéniable approchée par un centre de formation réputé. Mais c’est aussi un terme synonyme de soulèvement, de révolte. Celle qu’elle entame en cherchant à se faire avorter illégalement après avoir appris sa grossesse non-désirée. Mais Levante désigne aussi une plante utilisée lors de rites occultes pour s'octroyer des pouvoirs. Le pouvoir de la sororité, celui auquel Sofia se raccroche pour faire face aux conservateurs intégristes qui la tourmentent.

Lucie Chiquer
AFFICHE
3
Kokomo City

Dès les premières images, leur charisme irradie. Daniella, Dominique, Koko et Liyah sont des travailleuses du sexe transgenres et afroaméricaines. Devant la caméra de la réalisatrice D. Smith, elles se livrent avec beaucoup d’humour sur leur vécu de femmes trans: les premières opérations, les rapports parfois compliqués avec les hommes hétérosexuels qui viennent les voir sans assumer leurs désirs. La réalisation, très soignée, achève de faire honneur à ses personnages hauts en couleur.

Emma Poesy

AFFICHE
3
Le Grand magasin

Akino est une apprentie concierge. Pas dans un immeuble comme on pourrait s’y attendre, mais dans un grand magasin. Dans cet établissement chic inspiré des centres commerciaux parisiens, la jeune femme est chargée d’accompagner les clients et de répondre à leurs demandes souvent excentriques. On suit ainsi pendant un peu plus d’une heure les premiers balbutiements de cette petite héroïne, maladroite et attachante, au sein de sa nouvelle entreprise. Un détail retient l’attention: les vendeuses sont toutes humaines. Les clients, eux, sont des animaux.

AFFICHE
3
Fremont

Format carré, noir et blanc granuleux, plans généralement fixes, personnages en quête de point de fixation..., on retrouve dans la mise en scène de l’iranien Babak Jalali, les stigmates d’un cinéma indé des années 80 dont Jarmusch et Kaurismäki étaient alors les figures de proue. Un cinéma qui explorait les marges et revendiquait une poésie de l’existence autant par l’absurde qu’un certain désenchantement. Si Fremont arrive chargé de cet apparent héritage, le film, quatrième long de son auteur (Land, Radio Dreams...), trace sa propre voie.

Thomas Baurez
AFFICHE
3
L'Enfant du Paradis

Comédien au charme imparable, Salim Kechiouche (Les Amants criminels, Mektoub, My Love…) passe pour la première fois derrière la caméra avec ce portrait d’un acteur montant et de ses rapports conflictuels avec son ex-femme, son fils, ses anciens amis et sa cité, qui exercent sur lui une pression incontrôlable. Avec son approche documentaire, l’acteur-réalisateur dévoile un film à la sincérité épatante, dépeignant avec une grande justesse la pression qui pèse sur ces espoirs du cinéma français qui tentent de s’élever pour éviter de tomber dans l’oubli.

La Chimère
3
La Chimère

L’action de cette Chimère, quatrième long-métrage de l’italienne Alice Rohrwacher après Corpo Celeste (2011), Les Merveilles (2014) et Heureux comme Lazare (2018), se passe dans les années 80. Arthur (le britannique Josh O'Connor , vu en Prince Charles dans la série The Crown), revient en Toscane chez sa mère (Isabella Rossellini).

Thomas Baurez
GALERIE
2
Blue summer

Pour son premier long découvert à la Quinzaine des Cinéastes, la chinoise Zihan Geng met en scène une ado de 15 ans, enfant timide de parents divorcés, dont le cœur s’emballe pour la fille rebelle de la nouvelle compagne de son père. Un récit initiatique amoureux aux airs de déjà vu, à cause de personnages enfermés dans des archétypes. Dommage car le jeu sur les couleurs et le grain de l’image, exprime, lui, avec une grande finesse les troubles de l’adolescence et les sentiments contradictoires qui l’accompagnent.

Thierry Chèze