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Bâtiment 5

Quelques hommes descendent lentement un lourd cercueil à travers l’interminable escalier d’une tour de banlieue (l’ascenseur est en panne). Avec cette séquence d’introduction aussi impressionnante que sentencieuse, Ladj Ly dit le projet de son film. Les communautés, l’insalubrité des bâtiments, la misère sociale dans les banlieues… c’est tout cela que le film raconte en suivant Haby, jeune militante pour le droit au logement. On croise aussi Pierre, un médecin idéaliste (joué par Alexis Manenti), nommé pour remplacer le maire de la ville mort subitement.

Gael Golhen
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Soudain seuls

Réinventer les histoires de naufragés n’est pas chose aisée mais Thomas Bidegain a justement choisi de s’imprégner des notions de table rase et de nouveau départ pour réussir sa version du genre. Adaptant un roman de la navigatrice Isabelle Autissier, le cinéaste (scénariste d’Un Prophète et de Dheepan qui réalise là son deuxième long après Les Cowboys) raconte les déboires de Ben et Laura, Français en couple depuis 5 ans, qui font un tour du monde en bateau.

Damien Leblanc
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Migration

Pour Illumination, c’est le film d’après. Comme une cerise sur un gâteau déjà extrêmement copieux : leur production précédente, Super Mario Bros, à ce jour le film le plus rentable de 2023. Leur premier projet aussi qui ne soit ni une suite (Moi, moche et méchant 3, Comme des bêtes 2, Tous en scène 2, Les Minions 2) ou une adaptation (Super Mario donc et Le Grinch) depuis Tous en scène en 2016.

Thierry Chèze
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Thanksgiving: la semaine de l'horreur

Depuis qu’il est en âge de regarder des films d’horreur, Eli Roth n’a jamais réussi à comprendre pourquoi aucun film du genre n’avait pour cadre les célébrations de Thanksgiving. C’est vrai, ça : l’horreur adore les jours fériés, on dénombre des films de frousse se déroulant à Halloween, à Noël (Black Christmas, Douce nuit, sanglante nuit...), à la Saint-Valentin (Meurtres à la Saint-Valentin) et même le 1er avril (Week-end de terreur)… Pourquoi pas alors l’« Action de grâce » célébrant l’arrivée des Pères Pèlerins en Amérique ?

Frédéric Foubert
La tresse affiche
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La Tresse

Six ans après le succès en librairies de son roman homonyme, Laetitia Colombani (A la folie… pas du tout et Mes stars et moi) revient à la réalisation en adaptant La Tresse en film choral présentant les malheurs et les combats trois femmes (Italienne, Indienne et Canadienne) dont les destins sont paradoxalement liés. Il nous rend témoins de leurs quotidiens sur trois continents et couches sociales pour construire un va-et-vient entre des mondes que tout oppose.

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Rêves

Divisé en quatre parties, ce documentaire interroge de jeunes collégiens quant à l’avenir du monde dans lequel ils seront amené à vivre. Le film agace très rapidement par sa fausse candeur, persuadé de livrer des réponses poétiques et profondes aux questions que se posent les adultes. C’est pourtant une série de banalités qui sont partagées, dissimulées derrière des images de ces adolescents qui dansent sur de la techno, tel un cache-misère 2.0.

Nicolas Moreno

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Les Filles vont bien

Actrice espagnole notamment vue dans le rôle-titre d’Eva en août (de Jonás Trueba), dont elle était aussi coscénariste, Itsaso Arana réalise ici son premier film, qui prend les apparences d’une douce respiration estivale. Cinq jeunes femmes se retrouvent ainsi un été à la campagne pour répéter une pièce de théâtre et un brouillage des frontières entre le jeu en robes d’époque et la vie réelle va se faire jour au fur et à mesure que ces comédiennes discutent d’amour, d’amitié, de rêves ou de doutes artistiques.

Damien Leblanc
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Edouard Louis ou la transformation

Si vous aviez réussi à échapper aux romans autobiographiques d’Édouard Louis, le voici de retour, au cinéma cette fois. Rien de neuf sous le soleil de l’écrivain et sociologue, si ce n’est peut-être sa découverte du recyclage : devant son ancien collège, le voici en train de parler des vêtements qu’il désirait à l’époque, anecdote qu’il racontait déjà dans son premier livre. Avait-on vraiment besoin de ce livre audio illustré et à peine retravaillé ?

Nicolas Moreno

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Dumb money

Une fois passé le plaisir régressif à retrouver des acteurs adorés (Paul Dano en streamer fan de chats et Seth Rogen en trader millionnaire) dans un film bourré de références à la culture Internet et dopé par une bande originale peuplée des tubes de Cardi B et Kendrick Lamar, Dumb Money s’avère être un bien triste divertissement. Il doit sans doute sa fadeur au fait divers qu’il adapte : l’affaire GameStop défraya la chronique au début de l’année 2021, avant de retourner dans l’anonymat absolu aussi vite qu’elle apparut, ne laissant aucune trace derrière elle.

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Conann

Désireux de renouveler son dispositif narratif après ses deux premiers longs métrages Les Garçons sauvages et After Blue (Paradis sale), Bertrand Mandico raconte le parcours mythologique d’une héroïne à travers six âges de sa vie, qui s’apparentent à six propositions différentes de cinéma fantastique. Multipliant les actrices et féminisant la figure du barbare Conan, le réalisateur adopte une forme visuelle changeante pour faire du passage du temps une maléfique force de destruction des idéaux de jeunesse.

Damien Leblanc
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Cesaria Evora, La Diva aux pieds nus

Disparue en 2011, Cesária Évora a dû être attendre 51 ans et son tube Sodade pour connaître une reconnaissance internationale. Ce docu entreprend de raconter la femme autant que l’artiste. Les amours et les emmerdes de celle qui s’était extirpée de la grande pauvreté pour devenir une légende. Le tout avec une quantité d’archives imposantes dont la richesse semble avoir dépassé la réalisatrice. Et l’écriture de son film – dans sa réalisation comme son montage – nous laisse sur notre faim.

Thierry Chèze
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Les Petits mâles

Des garçons de 7 et 18 ans se penchent sur des sujets qui parsèment la vie des femmes. Violences, inégalités, ou encore sexualité, ces enfants verbalisent ouvertement une réflexion qui, de manière très touchante, vacille entre des affirmations et de timides incertitudes, tant les sujets exposés peuvent être névralgiques. Ils développent une pensée sincère entremêlée à une maturité congénitale de haut vol qui ne peut laisser insensible. Les avis de ces jeunes gens se mêlent aux récits autobiographiques que livrent des femmes d’âges mûrs, bien familières des temps rétrogrades.

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Augure

Dans une scène inaugurale ténébreuse, une femme enveloppée dans un châle libère le lait de sa poitrine dans une rivière. Cette image énigmatique érige la ligne conductrice de ce premier long ambitieux du congolais Baloji, touche à tout de génie évoluant entre le rap, le cinéma et la poésie.

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Le Temps d'aimer

De son passé, Madeleine ne garde pas grand-chose. Du moins, elle voudrait l’oublier. C’est sans compter son fils, Daniel, né d’une union avec un soldat allemand durant la Seconde Guerre mondiale, qui vient sans cesse le lui rappeler. Un jour, alors qu’elle officie comme serveuse en bord de mer, elle fait la rencontre de François. En principe, tout les oppose. Il est le fils d’un riche industriel, a fait des études et est promis à un grand avenir. Elle ne possède rien sinon cet encombrant fils, dernière relique d’une honte qu’elle traîne et qui la suivra de longues années.

Wish - Asha et la bonne étoile : Affiche
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Wish- Asha et la bonne étoile

Asha est une jeune femme de 17 ans, dévouée et déterminée à passer un entretien d'embauche avec le roi Magnifico, régent de la cité de Rosas. Le rêve s'évanouit lorsque Asha réalise que Magnifico est un control freak égoïste qui vend du vent à ses fidèles. La désillusion est grande, mais Asha retombe sur ses pattes en prônant la bienveillance – en conséquence sa bonne étoile, Star tombe littéralement du ciel. Les valeurs Disney vont alors faire barrage au maléfique Magnifico.

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Perfect days

Perfect Days est né d'une commande passée à Wim Wenders par la municipalité de Tokyo autour des toilettes publiques du quartier de Shibuya – toilettes qui sont loin d'être de répugnantes latrines mais, bien au contraire, de petites merveilles d'architecture et de design hi-tech. Plutôt que de tourner le court-métrage documentaire initialement prévu, le cinéaste globe-trotter, amoureux éternel du Japon (voir son Tokyo-Ga consacré à Ozu, en 1985) en a tiré une fiction centrée sur le quotidien d'un agent d'entretien bossant pour la société "The Tokyo Toilet".

Frédéric Foubert
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La Vénus d'argent

Pour son deuxième long, Héléna Klotz (L’Âge atomique) met en scène une jeune femme de 24 ans, vivant dans une caserne avec son père gendarme, qui entend briser le plafond de verre lié à sa classe sociale et à son sexe en décrochant un job dans la finance. Mais une fois ces bases posées, ce récit d’apprentissage au féminin se fracasse sur les clichés qu’il accumule tant dans la représentation du monde de l’entreprise que dans les moments plus intimes.

Thierry Chèze
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Un hiver à Yanji

À Yanji près de la frontière entre la Chine et la Corée du Nord, les hivers sont particulièrement froids et neigeux. Un jour, Haofeng se rend par hasard dans cette région pour un mariage, et se retrouvera tout autant par hasard à prolonger ce séjour, suite à sa rencontre avec Nana et Xiao, une guide touristique et un cuisinier. Il y a quelque chose d’insaisissable dans le trio qui se forme sous nos yeux, et de renforcé par la sensorialité du film (sa plus grande qualité).

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Testament

Cinéaste québécois bien connu pour Le Déclin de l’empire américain ou Les Invasions barbares, Denys Arcand est aujourd’hui âgé de 82 ans et signe une savoureuse comédie sur la cancel culture qui insiste précisément sur le décalage entre générations. Il imagine ainsi l’histoire d’un célibataire septuagénaire vivant dans une maison de retraite dont la directrice va devoir gérer un conflit avec de jeunes manifestants qui réclament l’effacement d’une fresque murale donnant selon eux une image offensante de la colonisation.

Damien Leblanc
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La Rivière

Cinéaste du paysage, Dominique Marchais (Le Temps des grâces) poursuit son exploration de la dégradation des différents écosystèmes au nom de la course effréné vers le profit. Ce nouvel opus débute par des hommes et des femmes qui nettoient branche par branche les abords d’une rivière quelque part dans le Sud-Ouest, où se déposent différents déchets. « Ce n’est pas aujourd’hui qu’on sauvera la planète ! » balance l’un d’entre eux avec humour.

Thomas Baurez
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Rien à perdre

Après L’Amour et les Forêts, sorti en mai, où Virginie Efira était une mère éplorée devant faire face à un piège (un mari violent) se refermant progressivement sur elle, l’actrice est de retour… dans le rôle d’une mère éplorée devant faire face à un piège (une institution) se refermant progressivement sur elle.

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Le Poireau perpétuel

Plus journal filmé que véritable documentaire, ce long métrage de Zoé Chantre nous plonge dans son intimité de la manière la plus déchirante qui soit : en décortiquant le lien qu’elle entretient avec sa mère. Deux existences qui se font échos, deux femmes hantées par la maladie, deux corps meurtris. Mais bien que la réalisatrice s’éloigne du psychodrame avec des séquences animées évoquant ses lubies, le reste manque cruellement de dynamisme pour être totalement captivant.

Lucie Chiquer
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Le Monde d'après 3

Un film, six récits prétendument incorrects et autant de visions paranoïaques et réactionnaires de l’avenir. Avec Le monde d’après, Laurent Firode (Le Battement d’ailes du papillon) compose de petites histoires mesquines dans lesquelles vaccins contre le Covid, nouvelles technologies et militants de gauche sont tous caricaturés en symboles d’un monde qui part à la dérive. Et comble de l’impertinence, ces personnages stupides qui rêvent d’un monde meilleur sont… presque toujours des femmes !

Emma Poesy

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Journal d'Amérique

Après le court métrage Diane Wellington et le long Poussières d’Amérique, et en parallèle de ses fictions (Michael Kohlhaas, Orpheline…), Arnaud des Pallières poursuit son anthologie documentaire sur l’Amérique vue à travers des images d’archives. Les plans proviennent ici du fonds privé Prelinger et c’est par le montage et de courtes phrases écrites à l’écran que le réalisateur donne vie à un semblant de récit.

Damien Leblanc
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La Course au miel

Catastrophe ! On a volé tout le stock de miel de Papa Ours, alors que son fiston réclame un gros gâteau au miel pour son anniversaire… Voilà le père et le fils embarqués dans une drôle d’odyssée pour retrouver la précieuse marchandise, cachée dans un Eldorado mythique au-delà de leur forêt natale.

Sylvestre Picard
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Capelito fait son cinéma

Un poil rêveur, Capelito aspire à bien plus que le quotidien simplet d’un champignon de forêt. Sa créativité débordante le pousse à apprendre le tango, la peinture, ou même l’écriture. Ludique, cette compilation de courts-métrages saura ravir les très petits par son animation en stop motion dont l’artisanat épate. Mais les plus grands, eux, s’ennuieront tant le film perd rapidement en divertissement par la répétition de gags saugrenus.

Lucie Chiquer
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L'Arche de Noé

Ne vous fiez pas aux premières minutes de L’Arche de Noé. La cacophonie qui y règne fait dangereusement flirter avec la caricature la mise en place de la situation et des personnages. Ne vous y fiez pas mais n’arrivez pas pour autant en retard car elles donnent la clé du film. Cette idée qu’on va suivre cette plongée au cœur d’une association accueillant des jeunes LGBT jetés à la rue par leurs familles dans la tête d’Alex, que les aléas de la vie ont contraint à venir y bosser mais qui débarque avec une seule envie : se barrer au plus vite.

Thierry Chèze
Affiche Mars Express
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Mars Express

L’histoire du cinéma de science-fiction est ainsi faite que la France a rarement su égaler les Américains et les Japonais. 2023 sera peut-être l’année du changement : proposition radicale de SF, Mars Express bande les muscles et s’inscrit dans le cadre de la remontada spectaculaire du film de genre hexagonal (Acide, Le Règne animal, Vincent doit mourir…). On est en l’an 2200, la planète rouge est colonisée depuis longtemps et une détective privée, accompagnée par son binôme androïde, cherche à élucider la disparition d’une étudiante en cybernétique.

François Léger
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Napoléon

Napoléon s’ouvre sur l’exécution de Marie-Antoinette. Et, très vite, on va comprendre que cette intro quelque peu déconnectée du reste raconte qu’on a sous nos yeux une version tronquée du film : 2h40 seulement, alors que Ridley Scott promet depuis des mois une version de plus de 4 heures pour le streaming. Son « Joséphine’s Cut » -un titre qui pourrait, de fait, s’appliquer très bien à la version salles, où l’on découpe les femmes, au propre comme au figuré.

Sylvestre Picard
GALERIE
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Les Voies jaunes

Que reste-t-il du combat des Gilets jaunes, pile cinq ans après les tous premiers pas de ce mouvement éruptif, une fois que les caméras de télévision se sont retirées ? Le cinéma, à travers ce documentaire poignant, continue de faire entendre la voix d’hommes et de femmes anonymes qui racontent au présent l’esprit de leur lutte. A l’image, des vues d’une France du Nord (Le Havre) au Sud (Marseille), apparemment apaisée mais dont nous parvient les signaux d’une douleur intacte. L’histoire continue…

Thomas Baurez